Les ossements de Delphine Jubillar, disparue depuis plus de cinq ans et demi, ont été retrouvés vendredi à Mailhoc, dans le Tarn. Cette découverte met fin à une longue incertitude pour ses deux enfants, Louis et Eliyah, aujourd'hui âgés de 11 et 7 ans. Vendredi soir, en rentrant d'une journée ordinaire au centre aéré, ils ont appris la nouvelle de vive voix, avec d'infinies précautions, par leur administratrice ad hoc, désignée par la justice pour veiller sur eux.
Pour ces deux enfants confrontés depuis décembre 2020 à l'absence traumatisante de leur mère, cette confirmation matérielle est un soulagement, comme l'a expliqué leur avocat, Me Laurent Boguet, sur BFMTV: « Ce n'est pas une satisfaction, c'est un soulagement. Les enfants peuvent récupérer leur maman, quel qu'en soit l'état. » Martine Brousse, présidente de La Voix de l'Enfant, souligne que cette étape met fin à une incertitude qui rongeait les enfants: « Elle ne leur a pas menti, elle leur a toujours dit qu'elle les aimait et c'était vrai. » Désormais, ils pourront se recueillir sur sa tombe, une nécessité car, selon elle, « plus un enfant est jeune et plus on lui ment, moins après il croit les adultes ».
Depuis l'incarcération de Cédric Jubillar en juin 2021, les enfants ont été recueillis par leur tante maternelle et son compagnon. Ce choix d'orientation intrafamiliale est salué par les spécialistes de la protection de l'enfance, car il évite aux mineurs le placement en foyer ou en famille d'accueil inconnue. « Il n'y a rien de mieux que la famille, c'est le socle de la construction d'un enfant », affirme Martine Brousse. Selon elle, l'Aide sociale à l'enfance (ASE) doit rester un dernier recours: « Il y a au moins 20 à 25 % d'enfants à l'ASE qui n'ont rien à y faire » et qui pourraient être confiés à des proches. Un enfant placé, résume-t-elle, se voit privé du droit d'aimer, alors qu'« un enfant se construit s'il peut aimer et s'il est aimé ».
Sur le plan légal, Cédric Jubillar s'est vu retirer l'exercice de l'autorité parentale après sa condamnation à trente ans de réclusion pour le meurtre de son épouse. La justice a donc nommé une administratrice ad hoc, Cécile Agry-Verdun, dont le rôle est de se substituer aux parents pour exercer les droits des mineurs, gérer les décisions civiles d'importance et les représenter lors des procédures pénales en toute indépendance. Martine Brousse rappelle que cette fonction est cruciale en cas de conflit d'intérêts avec les parents, mais elle pointe un statut éclaté et sous-doté: « Il faudrait un statut national pour eux […] et surtout il en faut plus, car nous n'en avons pas assez en France. »
Outre l'administrateur ad hoc, la présence de leurs avocats, Me Laurent Boguet et Me Malika Chmani, constitue le second pilier de leur protection judiciaire. Leur rôle demeure de porter la parole, les interrogations et l'émotion de Louis et Eliyah dans la procédure, sans jamais les exposer directement à la violence des débats ou à une confrontation avec l'accusé. Les conseils des mineurs s'apprêtent d'ailleurs à les accompagner dans un calendrier judiciaire réaménagé. Ce mardi, la présidente de la cour d'assises de la Haute-Garonne a décidé de reporter le procès en appel – initialement prévu le 21 septembre – au premier semestre 2027, afin de laisser le temps nécessaire aux investigations complémentaires ordonnées après la découverte des ossements.
Face au déferlement médiatique suscité par les récents rebondissements, la défense des enfants comme les associations spécialisées appellent à une étanchéité absolue autour du quotidien de Louis et Eliyah. Dans un communiqué diffusé ce week-end, Me Laurent Boguet et Me Malika Chmani ont vivement dénoncé la « manière sordide » dont « une certaine presse » s'est emparée des derniers éléments du dossier. « Certes le droit à l'information existe mais il ne doit pas dépasser l'indécence », insistent-ils, appelant à « respecter la mémoire de Delphine » et à « protéger sa famille ». Un cri d'alarme partagé par Martine Brousse, qui lance elle aussi un appel direct à la retenue: « Pas de voyeurisme. Laissez ces enfants se construire, pouvoir se projeter, laissez-les grandir et respectez-les. »
Le report du procès à 2027 permettra de mener des expertises complémentaires et de vérifier les incohérences apparues après les aveux de Cédric Jubillar et la découverte du corps de son épouse. Ce délai supplémentaire est jugé nécessaire pour garantir la sérénité des débats et, surtout, pour préserver l'intérêt des enfants, qui devront être entendus dans des conditions adaptées à leur âge et à leur vulnérabilité. La justice entend ainsi concilier la recherche de la vérité avec la protection des mineurs, une priorité absolue dans cette affaire hors norme.



