Le ministère de l'Intérieur a notifié ce mercredi 29 juillet un arrêté d'expulsion à l'encontre de Xenia Fedorova, chroniqueuse régulière sur CNews, Europe 1 et au Journal du dimanche, l'accusant de porter atteinte aux « intérêts fondamentaux de l'État » en servant de relais aux campagnes de désinformation du Kremlin. Cette décision a immédiatement suscité la réaction de ses employeurs, les groupes Canal+ et Lagardère, qui dénoncent une « atteinte à la liberté d'expression ».
Canal+, propriétaire de la chaîne CNews, et Lagardère, qui édite Europe 1 et le JDNews, ont publié un communiqué commun affirmant « apporter leur plein soutien à Mme Fedorova ». Ils estiment que l'arrêté d'expulsion constitue une mesure disproportionnée qui remet en cause le principe fondamental de la liberté d'expression dans les médias. Les deux groupes rappellent que la chroniqueuse exerce son activité dans le cadre de la loi française et qu'elle bénéficie de la présomption d'innocence.
Xenia Fedorova, née en Russie, a dirigé pendant plusieurs années la version française de Russia Today (RT), média financé par l'État russe et considéré en Europe comme un instrument de propagande. Après la fermeture de RT France en 2022, dans le sillage de l'invasion de l'Ukraine, elle est restée en France et a progressivement intégré les médias du groupe Bolloré. Intervenante régulière sur CNews et Europe 1, elle y tient une chronique dans laquelle elle défend souvent les positions du Kremlin, notamment sur le conflit ukrainien.
L'arrêté ministériel, pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reproche à Xenia Fedorova de « mener des activités de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État » en relayant des informations fausses ou orientées au bénéfice de la Russie. Plusieurs personnalités politiques, de droite comme de gauche, avaient réclamé son expulsion ces derniers mois, l'accusant de servir de « porte-parole du Kremlin » dans les médias français.
L'avocat de Xenia Fedorova, Me Emmanuel Piwnica, a annoncé que sa cliente allait « immédiatement former un recours » contre cette mesure. Il a dénoncé une décision « politique et arbitraire » qui ne repose sur aucun élément concret. La procédure pourrait durer plusieurs semaines, durant lesquelles la chroniqueuse reste sous la menace d'une exécution de l'arrêté.
Cette affaire intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre les autorités françaises et les médias dits pro-russes. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Paris a renforcé sa lutte contre la désinformation venant de Moscou, fermant notamment RT France et suspendant la diffusion de plusieurs sites. L'expulsion d'une chroniqueuse française d'origine russe est cependant une première, et soulève des questions sur les limites de la liberté d'expression et le traitement des opinions divergentes.
Les défenseurs de la mesure estiment que la propagande n'est pas une opinion comme une autre et qu'elle justifie une réponse ferme de l'État. Ses détracteurs, au contraire, y voient un précédent dangereux pour la liberté de la presse et le pluralisme des idées. Le débat promet d'être vif dans les semaines à venir, tandis que la justice administrative devra trancher sur la légalité de l'arrêté d'expulsion.



