Federico Aramburu : le procès de quatre accusés commence à Paris
Le rugby argentin suit l’ouverture des débats, où Loïk Le Priol est jugé pour assassinat et Romain Bouvier pour tentative d’assassinat.
Le nom de Federico Martín Aramburu revient au centre de l’actualité française ce lundi 7 septembre. Plus de quatre ans après la mort de l’ancien international argentin, la cour d’assises de Paris ouvre le procès de quatre personnes impliquées à des degrés différents dans la nuit du 19 mars 2022.
Le principal accusé, Loïk Le Priol, 32 ans, est jugé pour assassinat. Romain Bouvier, 35 ans, comparaît pour tentative d’assassinat. Lyson Rochemir, 29 ans, alors compagne de Le Priol et conductrice du véhicule impliqué dans la seconde partie des faits, est elle aussi jugée pour tentative d’assassinat. Antony Sorrentino, 37 ans, est accusé d’avoir aidé Bouvier à se soustraire aux recherches après les tirs.
Tout commence au café Mabillon, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Aramburu est avec Shaun Hegarty, ancien joueur, ami et associé. Les deux hommes étaient venus à Paris pour assister à France-Angleterre dans le Tournoi des Six Nations. Une altercation éclate avec Le Priol et Bouvier. La tension monte, des coups sont échangés, puis le personnel du café parvient à séparer les hommes. Aramburu et Hegarty quittent les lieux à pied.
Selon l’enquête, ce n’est pourtant pas la fin de la confrontation. Les images de vidéosurveillance montrent une nouvelle séquence sur le boulevard Saint-Germain. Bouvier aurait tiré en premier. Environ quarante-cinq secondes plus tard, Le Priol aurait tiré six fois à son tour. Aramburu est atteint de six balles tirées par deux armes et meurt sur place à 42 ans.
Le procès devra surtout répondre à la question de la préméditation. Le Priol est poursuivi pour « assassinat », terme juridique français qui signifie que l’accusation retient un meurtre prémédité. Lui et Bouvier reconnaissent avoir tiré mais contestent l’intention homicide et la préparation préalable. Le Priol a parlé de légitime défense au cours de l’instruction et a fait valoir un trouble de stress post-traumatique lié à son expérience militaire.
Ce débat explique pourquoi les jurés reviendront avec précision sur les déplacements après la bagarre. L’enjeu n’est pas seulement de savoir qui a utilisé une arme, mais de déterminer ce que chacun savait, voulait et faisait entre la séparation au café et les tirs. La place de la voiture conduite par Rochemir et la chronologie des deux séquences de coups de feu feront partie de cette reconstruction.
Le passé des deux principaux accusés sera également présent dans les débats. Les deux hommes ont été liés au GUD, organisation d’ultradroite française. Le Priol a servi dans les commandos marine. La cour devra distinguer ce qui relève du contexte, ce qui éclaire le comportement des accusés et ce qui permet réellement d’établir leur responsabilité pénale dans la mort d’Aramburu.
L’affaire continue de résonner très loin du Palais de justice. Aramburu était marié et père de trois enfants. Il avait porté 22 fois le maillot des Pumas et joué pour plusieurs clubs français, notamment Biarritz et Perpignan. Avant leur match contre l’Australie, les joueurs argentins ont récemment porté des T-shirts noirs avec la mention « Justicia por Fede ». L’hommage a remis l’ancien centre au premier plan au moment où sa famille et ses amis se préparent à entendre les faits être reconstitués devant les jurés.
Le calendrier prévoit des audiences jusqu’au 25 septembre, date à laquelle le verdict est attendu. Pendant trois semaines, la salle Voltaire reviendra sur une histoire dont le rugby est une part essentielle de la mémoire, mais dont l’issue dépendra d’une question strictement judiciaire : ce qui a été décidé entre la fin de la bagarre et les coups de feu.



