Un incendie qualifié de « XXL » et « vorace » par les autorités continue de progresser en Gironde, menaçant directement la presqu'île du Cap-Ferret. Parti mercredi de la commune de Saumos, le feu a déjà parcouru plus de 10 000 hectares, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Face à la violence des flammes et à des conditions météorologiques défavorables, la préfecture de la Gironde a ordonné, vendredi matin, l'évacuation progressive de l'ensemble de la presqu'île du Cap-Ferret, un secteur très touristique du bassin d'Arcachon.

Les dégâts matériels sont déjà considérables. Le ministre de l'Intérieur a fait état de 80 maisons brûlées, dont une cinquantaine complètement détruites par les flammes. Un camping a également été ravagé. La préfète de la Nouvelle-Aquitaine a exprimé son inquiétude face aux vents prévus, qui pourraient encore attiser le feu et provoquer des « sautes d'un kilomètre », rendant la lutte contre l'incendie particulièrement difficile pour les pompiers mobilisés en nombre.

L'origine du sinistre fait l'objet d'une enquête ouverte par le parquet de Bordeaux. Selon des sources concordantes, l'incendie pourrait avoir été déclenché par un chantier de débroussaillage réalisé pour le compte d'Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution d'électricité. La propriétaire d'une maison située à Saumos, entourée de 66 hectares de pinèdes, a raconté avoir été alertée par sa locataire mercredi à la mi-journée. Sur place, deux salariés du prestataire, « catastrophés », lui ont expliqué avoir « vu le feu partir juste après le passage du tracteur de leur collègue » et avoir tenté de l'éteindre avec un extincteur, sans succès.

Enedis a confirmé qu'une entreprise était intervenue mercredi pour une opération de débroussaillement à proximité de lignes électriques à Saumos. Le groupe a précisé que ces opérations « s'inscrivent dans les obligations de prévention et de sécurité autour des ouvrages électriques » et visent à « limiter les risques liés à la végétation à proximité des lignes ». Il a toutefois défendu que « l'origine exacte du feu n'est pas établie à ce stade ». La gendarmerie a confirmé que la piste accidentelle était privilégiée dans le cadre de l'enquête.

Dès mercredi soir, face à la gravité de la situation, la préfecture de Gironde avait annoncé l'interdiction de « tous travaux forestiers utilisant des moteurs thermiques » dans le département, tant qu'il serait placé en vigilance rouge pour le risque d'incendies. Cette interdiction, qui était auparavant limitée à la matinée, a été étendue à la journée entière. Les autorités rappellent que la sécheresse et les fortes chaleurs créent des conditions propices aux départs de feu et à leur propagation rapide.

L'évacuation de la presqu'île du Cap-Ferret, qui compte des milliers d'habitants et de vacanciers en cette période estivale, pose la question de l'hébergement des personnes déplacées. Un sentiment de « très grande insécurité » a été rapporté parmi les évacués, qui doivent quitter leur domicile ou leur lieu de vacances dans l'urgence. Les autorités locales travaillent à la mise en place de centres d'accueil pour héberger les sinistrés.

Face à l'ampleur du sinistre, la France a sollicité l'aide de l'Union européenne. Des renforts aériens européens sont attendus dans la journée pour appuyer les moyens déjà déployés sur le terrain. Le président de la République a demandé l'activation du mécanisme de protection civile de l'UE, permettant de mobiliser des avions bombardiers d'eau et des équipes spécialisées venues d'autres États membres. Cet incendie en Gironde s'inscrit dans un été particulièrement meurtrier pour les forêts françaises, avec plus de 50 000 hectares brûlés depuis le début de l'année 2026.