La justice administrative a rejeté, lundi 3 août, le recours en référé-liberté de Xenia Fedorova contre son expulsion du territoire français. L'ancienne présidente de RT France, devenue chroniqueuse pro-Poutine sur CNews, est visée depuis le 29 juillet par un arrêté d'expulsion pris par le ministère de l'Intérieur. Les autorités l'accusent de relayer activement les narratifs du Kremlin et la propagande du pouvoir russe. Saisi par ses avocats, le tribunal administratif de Paris a estimé que la requête ne démontrait pas une « extrême urgence », condition pourtant nécessaire pour obtenir la suspension immédiate des mesures contestées.

La chroniqueuse, présentée comme proche du pouvoir russe, avait également fait l'objet d'un gel de ses avoirs. Deux jours après l'édiction de l'arrêté d'expulsion, les ministres de l'Intérieur et de l'Économie avaient en effet pris, le 31 juillet, un arrêté ordonnant le blocage de ses comptes pour une durée d'au moins six mois. Le recours formé contre cette mesure financière a lui aussi été rejeté lundi par le juge des référés. La procédure s'est ainsi déroulée dans un calendrier très resserré: arrêté d'expulsion le 29 juillet, gel des avoirs le 31 juillet, puis rejet du recours dès le 3 août.

Xenia Fedorova est une figure bien identifiée du paysage médiatique français. Elle a dirigé RT France, la déclinaison française de la chaîne d'État russe, avant de devenir chroniqueuse régulière sur CNews, la chaîne d'information du groupe de Vincent Bolloré. Dans ses interventions, elle tient régulièrement des positions proches de la ligne du Kremlin. C'est ce profil qui lui vaut d'être présentée par les autorités françaises comme un relais actif des narratifs russes sur le territoire national.

Le référé-liberté est une procédure d'urgence qui permet à un justiciable de demander au juge administratif la suspension d'une décision portant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. En l'espèce, le tribunal administratif de Paris a jugé que la condition d'extrême urgence n'était pas remplie. Il a donc rejeté l'ensemble des demandes de la chroniqueuse, sans avoir à se prononcer sur le fond du litige. La décision rendue lundi est en cela provisoire: elle ne tranche pas définitivement la question de la légalité de l'arrêté d'expulsion ni celle du gel des avoirs.

De son côté, le conseil de Xenia Fedorova a annoncé que sa cliente se trouve actuellement « à l'étranger ». Elle ne reviendra en France que si l'arrêté d'expulsion qui la vise est « suspendu ou annulé », a-t-il précisé. Cette déclaration intervient alors que la procédure d'éloignement engagée contre la chroniqueuse suit son cours.

Ce rejet ne constitue donc qu'une première étape du contentieux. En jugeant que la condition d'urgence n'était pas démontrée, le juge des référés ne s'est pas prononcé au fond sur le bien-fondé des mesures prises à l'encontre de la chroniqueuse. Ses avocats conservent la possibilité d'engager de nouveaux recours devant la juridiction administrative. Au vu de l'annonce de son conseil, qui conditionne son retour en France à la suspension ou à l'annulation de l'arrêté d'expulsion, l'affaire n'apparaît pas close.