Le tribunal administratif de Paris a rejeté, lundi, le recours en référé-liberté de la chroniqueuse russe pro-Kremlin Xenia Fedorova contre son expulsion du territoire français et le gel de ses avoirs. Assignée à résidence depuis mercredi, l'ancienne patronne de la chaîne d'État RT France devra quitter le pays, sauf si l'une des autres voies de recours encore ouvertes aboutit.
Dans un communiqué, la juridiction a indiqué que la requérante n'avait exposé « aucun besoin de sortir du territoire parisien », n'avait « sollicité aucune autorisation auprès du préfet de police » et s'était limitée « à indiquer, sans aucune précision, que l'obligation de pointage lui cause une gêne ». Le juge des référés a donc estimé que « la condition d'extrême urgence ne pouvait être retenue ». Pour obtenir la suspension de ces décisions, Xenia Fedorova avait le choix entre le référé suspension, subordonné à la démonstration d'une urgence, et le référé liberté, subordonné à la démonstration d'une extrême urgence justifiant des mesures dans les quarante-huit heures; elle a opté pour cette dernière voie. Or, selon les magistrats, cette procédure « ne pouvait pas se limiter à invoquer des présomptions qui ne s'appliquent pas à sa situation, mais devait faire état des graves incidences personnelles résultant pour elle des décisions contestées, ce qu'elle ne fait pas dans sa requête ».
Xenia Fedorova, qui intervient principalement sur CNews, Europe 1 et dans l'hebdomadaire le JDNews, est accusée d'être « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » destinées à « déstabiliser l'ordre public » en France. La semaine dernière, le ministère de l'Intérieur a pris à son encontre un arrêté d'expulsion pour « menace grave » à l'ordre public, tandis que ses avoirs étaient gelés pour une durée de six mois. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, avait justifié cette décision en évoquant « de nombreux propos qu'elle a pu tenir et qui systématiquement reprennent la propagande du Kremlin sur l'engagement de la France, sur ce qui se passe en Ukraine, sur les raisons, les motivations de l'agression russe en Ukraine ». Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait décrit la citoyenne russe comme une « agente d'influence ».
Le gel de ses avoirs vise à prévenir la commission de « nouveaux actes d'ingérence », avait expliqué le ministère de l'Économie et des Finances, en empêchant la mise à disposition ou l'utilisation de fonds ou de ressources économiques au profit de l'intéressée et des entités qu'elle contrôle. La place grandissante de la chroniqueuse dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré avait fait naître des craintes de manipulation du débat public, notamment dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.
Ancienne patronne de la chaîne d'État russe RT France, dont l'antenne est interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Xenia Fedorova s'était défendue sur X en affirmant que son comportement « consiste à vivre en France depuis près de dix ans dans le respect de la loi, à payer mes impôts, mais aussi à avoir une opinion et à l'exprimer dans le cadre de mon travail de journaliste ». Ses employeurs actuels, Canal+ et Lagardère, avaient pour leur part dénoncé « une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression ».
Son avocat, Emmanuel Piwnica, a fait part de son « très grand regret » et a affirmé « poursuivre pour contester les décisions ». Le tribunal administratif a rappelé que ce rejet ne fait obstacle ni à une nouvelle saisine du juge des référés libertés, avec des circonstances particulières explicitement détaillées, ni à une procédure de référé suspension.



