Huit jours après son déclenchement, le plus grave incendie qu'ait connu la France depuis 1949 est enfin considéré comme stabilisé dans le département de la Gironde, dans le Sud-Ouest. Plus de 42 000 hectares de forêts et de landes ont été réduits en cendres, en particulier aux abords du bassin d'Arcachon et de la métropole bordelaise. Les pompiers, appuyés par des renforts nationaux et européens, continuent de surveiller les reprises de feu, mais les conditions météorologiques plus clémentes offrent une accalmie bienvenue.
Ce jeudi, la préfecture de la Gironde a autorisé 84 000 nouvelles personnes à rentrer « immédiatement » chez elles. Sont concernés les habitants de neuf communes situées au nord-ouest de Bordeaux: Mios, Le Barp, Cestas, Saint-Jean-d'Illac, Martignas-sur-Jalle, Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Aubin-de-Médoc, Salaunes et Sainte-Hélène. La veille, les résidents du Haillan, d'Eysines et de Mérignac, partiellement évacués, avaient déjà pu regagner leur domicile. Au total, sur les 220 000 personnes évacuées depuis le début du sinistre, environ 144 000 ont ainsi retrouvé leur foyer.
En revanche, les communes touristiques du bassin d'Arcachon — Biganos, Audenge, Lanton, Andernos, Arès et Lège-Cap-Ferret — restent en zone d'évacuation. La maire d'Audenge, Nathalie Le Yondre, a profité de la visite de la préfète Sophie Brocas et du directeur du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) pour demander un retour progressif dès vendredi. Le directeur du Sdis a toutefois jugé cette échéance trop précoce: « Je propose que l'on continue à bien refroidir la zone avant de prendre toute décision. Il faut vraiment que l'on soit en sécurité. » Les élus locaux s'organisent néanmoins pour préparer la réouverture des services et l'accueil des habitants, conscients du choc que représente une telle évacuation.
L'origine du sinistre fait l'objet d'une enquête qui a débuté avant même la fin de l'intervention des pompiers. Selon des éléments recueillis par les enquêteurs, un chantier de débroussaillage serait à l'origine du départ de feu. Les autorités n'ont pas encore confirmé officiellement cette piste, mais elle est considérée comme sérieuse. Les investigations se poursuivent pour déterminer les circonstances exactes et d'éventuelles responsabilités.
Sur le plan humain, le traumatisme est profond. Nathalie Le Yondre décrit l'arrivée de « gens hagards » dans les centres d'accueil, notamment des personnes âgées, des enfants et des vacanciers pris de panique. La municipalité d'Audenge a déjà contacté plus de 2 000 personnes pour leur proposer un accompagnement psychologique et social. Des psychologues bénévoles se sont mobilisés pour soutenir les plus fragiles. « Nous allons continuer à mettre en place un dispositif avec le centre communal d'action sociale et des professionnels de santé », a assuré l'élue.
La presse européenne s'est largement fait l'écho de cette catastrophe, titrant notamment « La France brûle ». Plusieurs éditorialistes s'inquiètent de l'ampleur des feux et regrettent l'absence de débat public sur les « causes profondes » de ces incendies: le réchauffement climatique, la gestion des forêts et l'urbanisation croissante dans des zones à risque. Ils appellent à une réflexion de fond sur la prévention et l'adaptation du territoire face à des événements appelés à se multiplier.
Malgré l'amélioration des conditions, les pompiers restent en alerte. Des reprises de feu ont été constatées à différents endroits, notamment mercredi à Lanton, le long du bassin d'Arcachon. Il faudra encore plusieurs jours pour que la totalité de la zone soit refroidie et que les derniers foyers soient éteints. Le bilan écologique et matériel est déjà colossal: des milliers d'hectares de forêt détruits, des habitations menacées et une saison touristique perturbée. La solidarité s'organise, mais la reconstruction ne fait que commencer.



