Le géant américain des services de mobilité et de livraison Uber Technologies a annoncé, jeudi 16 juillet 2026, le lancement d'une offre publique d'achat sur le groupe allemand Delivery Hero SE, valorisant cette transaction à environ 15 milliards de dollars. Cette acquisition, l'une des plus importantes de l'histoire du secteur, permettrait à Uber de mettre la main sur un portefeuille de marques de livraison présentes dans plus de 70 pays, dont le célèbre service Glovo, très implanté en Europe du Sud et de l'Est.

Selon les termes de l'offre dévoilée par Uber dans un communiqué officiel, la proposition s'élève à 148 dollars par action Delivery Hero, soit une prime significative par rapport au cours de clôture précédent. L'opération, qui doit encore être approuvée par les actionnaires de Delivery Hero et par les autorités réglementaires de plusieurs juridictions, devrait être finalisée d'ici la fin de l'année 2026. Les analystes financiers estiment que cette fusion créerait un acteur incontournable face à des concurrents comme Just Eat Takeaway et DoorDash.

Delivery Hero, basé à Berlin, est l'un des plus grands groupes de livraison de repas au monde. Fondé en 2011, il opère via une multitude de marques locales, dont Glovo, très populaire en Espagne, en Italie, en Pologne et en Ukraine, mais aussi Foodpanda en Asie et Talabat au Moyen-Orient. L'entreprise allemande avait connu une croissance rapide pendant la pandémie de Covid-19, mais faisait face depuis plusieurs trimestres à une pression accrue sur sa rentabilité et à une concurrence féroce sur ses principaux marchés.

Pour Uber, cette acquisition s'inscrit dans une stratégie de consolidation de son activité de livraison de repas, Uber Eats, qui représente déjà une part croissante de son chiffre d'affaires. En intégrant les opérations de Delivery Hero, Uber espère réaliser des synergies opérationnelles importantes, notamment en mutualisant les flottes de livreurs, les infrastructures technologiques et les bases de données clients. Le Financial Times, qui a commenté l'opération, évoque des « synergies de super application » qui pourraient transformer Uber en une plateforme de services quotidiens encore plus intégrée.

L'impact de cette transaction sur les utilisateurs de Glovo reste à préciser. Dans l'immédiat, les services devraient continuer à fonctionner sous leurs marques respectives. Cependant, à terme, une intégration plus poussée avec Uber Eats est probable, ce qui pourrait entraîner des changements dans les catalogues de restaurants disponibles, les conditions tarifaires pour les livreurs et les frais de livraison pour les clients. Les associations de défense des consommateurs et les syndicats de livreurs ont déjà exprimé leurs inquiétudes quant à une éventuelle réduction de la concurrence et à une détérioration des conditions de travail.

Du côté des régulateurs, l'opération sera scrutée de près. La Commission européenne, qui a déjà montré sa vigilance dans le secteur des technologies et des plateformes numériques, pourrait exiger des concessions, notamment la cession de certaines activités dans des pays où la présence combinée d'Uber et de Delivery Hero serait trop dominante. En Allemagne, par exemple, Uber Eats et Foodpanda (filiale de Delivery Hero) sont des concurrents directs, et une fusion pourrait créer une position quasi monopolistique.

L'annonce de cette acquisition a provoqué une onde de choc sur les marchés financiers. L'action Uber a légèrement reculé dans les échanges après-Bourse, les investisseurs s'interrogeant sur le prix élevé de la transaction et sur les défis d'intégration. À l'inverse, le titre Delivery Hero a bondi de plus de 20 %, les actionnaires saluant une prime généreuse. Les analystes de Reuters soulignent que cette opération marque un tournant dans la consolidation du secteur de la livraison de repas, qui avait connu une frénésie de fusions-acquisitions pendant la pandémie, avant de ralentir face à la hausse des taux d'intérêt et aux pressions réglementaires.

Pour les consommateurs français, l'acquisition pourrait avoir des répercussions notables, même si Glovo n'est pas directement présent en France métropolitaine. Uber Eats, déjà très implanté dans l'Hexagone, pourrait renforcer sa position en s'appuyant sur l'expertise logistique et technologique de Delivery Hero. Par ailleurs, les restaurants partenaires pourraient bénéficier d'une plateforme plus large et de meilleurs outils de gestion des commandes. En revanche, les livreurs indépendants, qui constituent l'essentiel de la main-d'œuvre de ces plateformes, craignent une pression accrue sur leurs rémunérations et une flexibilité réduite.

En conclusion, le rachat de Delivery Hero par Uber représente une étape majeure dans l'évolution du secteur de la livraison à domicile. Si l'opération est validée par les régulateurs, elle donnera naissance à un géant capable de rivaliser avec les plus grands acteurs mondiaux, tout en soulevant des questions cruciales sur la concurrence, les conditions de travail et la souveraineté numérique en Europe. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si cette fusion profitera aux consommateurs ou si elle renforcera encore la concentration du marché entre les mains de quelques grandes plateformes américaines.