Anna Biller revient avec « The Face of Horror », conte de fantômes médiéval présenté à Toronto
Dix ans après « The Love Witch », la réalisatrice Anna Biller dévoile « The Face of Horror » au Festival international du film de Toronto, une relecture médiévale du conte de fantômes japonais Yotsuya Kaidan portée par Kristine Frøseth et Jonah Hauer-King.
Dix ans après « The Love Witch », Anna Biller signe son grand retour au cinéma avec « The Face of Horror », présenté au Festival international du film de Toronto. La réalisatrice et scénariste y poursuit son exploration d'un cinéma baroque et saturé de couleurs, cette fois au service d'un conte de fantômes situé à l'époque médiévale.
Le film s'inspire de Yotsuya Kaidan, célèbre histoire de fantômes japonaise popularisée par le théâtre kabuki, que Biller déconstruit et transpose dans un contexte médiéval occidental. Ce récit de trahison et de vengeance féminine devient sous sa caméra une fresque fiévreuse, fidèle à l'esthétique technicolor qui avait fait la singularité de son précédent long-métrage.
Le casting réunit Kristine Frøseth et Jonah Hauer-King dans les rôles principaux. Leur présence accompagne cette nouvelle variation sur la rage féminine, thème central de l'œuvre de la cinéaste, déjà au cœur de « The Love Witch », sorti en 2016 et devenu depuis un objet culte pour une partie du public et de la critique.
Avec « The Face of Horror », Anna Biller confirme sa volonté de travailler à contre-courant des tendances contemporaines. Là où le cinéma d'horreur actuel privilégie souvent le réalisme ou l'épure, elle revendique une mise en scène théâtrale, des décors travaillés et une direction artistique assumée, héritée autant du mélodrame hollywoodien que des traditions scéniques japonaises.
La présentation du film à Toronto s'inscrit dans un contexte où le festival canadien reste une étape majeure pour les cinéastes indépendants et les productions à forte identité visuelle. Plusieurs réalisateurs y dévoilent cette année des projets portés par une vision personnelle, à l'image de la Singapourienne Ang Geck Geck Priscilla, qui présente « Ah Girl », son premier long-métrage, après plus d'une décennie de courts et de laboratoires de festivals.
Le retour d'Anna Biller était attendu depuis plusieurs années. Son style, immédiatement reconnaissable, mêle références au cinéma classique, esthétique pop et discours féministe. « The Face of Horror » semble prolonger cette démarche en l'ancrant dans un imaginaire médiéval, où la vengeance et la trahison occupent une place centrale.
La relecture de Yotsuya Kaidan n'est pas anodine. Ce conte, l'un des plus célèbres du répertoire japonais, a donné lieu à de nombreuses adaptations au cinéma et au théâtre. En le transposant au Moyen Âge, Biller en propose une lecture nouvelle, sans abandonner la dimension spectrale et tragique qui fait sa force.
Pour le public français, cette présentation à Toronto constitue souvent une première étape avant une éventuelle sortie en salles ou une diffusion en festival. Le nom d'Anna Biller, associé à celui de « The Love Witch », devrait attirer l'attention des distributeurs et des spectateurs familiers de son univers.
Le film s'adresse autant aux amateurs de cinéma de genre qu'aux spectateurs sensibles à une approche plastique et stylisée de la mise en scène. En choisissant de revisiter un classique du fantastique japonais, la réalisatrice poursuit une réflexion sur les récits de vengeance féminine et sur la manière dont les traditions culturelles peuvent être réinventées.
Avec ce nouveau long-métrage, Anna Biller confirme qu'elle demeure l'une des voix les plus singulières du cinéma indépendant américain, fidèle à une esthétique exigeante et à des préoccupations qui traversent l'ensemble de son œuvre.



