CANEX Creations veut faire du cinéma africain un actif financier
Osahon Akpata, PDG de CANEX Creations Inc., détaille sa stratégie pour transformer la propriété intellectuelle cinématographique africaine en classe d'actifs investissable, alors que le film Clarissa, soutenu par sa structure, a été sélectionné à Cannes et à Toronto.
Osahon Akpata, directeur général de CANEX Creations Inc. (CCInc), veut changer la façon dont le cinéma africain se finance. À la tête de cette société d'investissement et de portefeuille de propriété intellectuelle basée au Caire, il défend l'idée que les œuvres audiovisuelles du continent peuvent devenir une classe d'actifs à part entière, capable d'attirer des investisseurs au-delà des seules subventions publiques ou des aides au développement.
Cette ambition s'appuie sur des résultats concrets. Le long-métrage Clarissa, soutenu par CCInc, a été sélectionné au Festival de Cannes puis au Festival international du film de Toronto (TIFF). Pour Akpata, ces reconnaissances internationales démontrent que les productions africaines peuvent trouver un public mondial et, surtout, générer des revenus exploitables sur la durée. « Il existe une énorme opportunité de créer de la propriété intellectuelle qui soit une classe d'actifs investissable », résume-t-il.
Le modèle de CANEX Creations consiste à investir dans des projets audiovisuels en amont, puis à conserver et gérer les droits associés. Cette approche transforme le financement du cinéma : au lieu de considérer une œuvre comme un projet ponctuel dépendant de subventions, elle la traite comme un actif dont la valeur peut croître grâce à l'exploitation sur différents marchés et supports. La société se positionne ainsi comme un holding de propriété intellectuelle, et non comme un simple fonds de production.
L'agenda d'Akpata illustre cette volonté de connecter l'Afrique à l'écosystème mondial du cinéma. Il s'est récemment rendu dans le sud de la France pour participer à un événement lié au président français Emmanuel Macron, avant d'enchaîner avec d'autres rendez-vous professionnels. Ces déplacements témoignent d'une stratégie de réseautage destinée à faire entrer les projets africains dans les circuits de financement internationaux, où les décideurs restent souvent concentrés sur l'Europe et l'Amérique du Nord.
Le défi est de taille. Le financement du cinéma en Afrique reste fragmenté, dépendant de mécanismes publics ou de coproductions avec des partenaires étrangers. En proposant une structure d'investissement dédiée à la propriété intellectuelle, CANEX Creations espère offrir une alternative plus prévisible aux créateurs, tout en rassurant les investisseurs sur la traçabilité des droits et des recettes. La sélection de Clarissa à Cannes et à Toronto sert de vitrine pour convaincre que le risque artistique peut se traduire en rendement financier.
Cette démarche intervient dans un contexte où les plateformes de streaming cherchent de plus en plus de contenus africains, et où les festivals internationaux accordent une visibilité croissante aux cinématographies du continent. Pour Akpata, l'enjeu n'est pas seulement culturel : il s'agit de bâtir une chaîne de valeur complète, de l'écriture à la distribution, capable de retenir la valeur sur le sol africain plutôt que de la céder à des intermédiaires extérieurs.
CANEX Creations Inc. se présente donc comme un acteur hybride, à la croisée de la finance et de la création. Son pari : faire de la propriété intellectuelle africaine un placement comme un autre, avec ses risques et ses perspectives de rendement. Si le modèle fonctionne, il pourrait ouvrir la voie à d'autres structures similaires et modifier durablement les rapports de force entre créateurs africains et bailleurs de fonds internationaux.
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