Le chef opérateur de Cristian Mungiu détaille ses plans-séquences à Jakarta
Lors d’une masterclass au Jakarta World Cinema, le directeur de la photographie Tudor Vladimir Panduru a expliqué comment il a conçu les longs plans de « Fjord », « R.M.N. » et « Graduation ».
Collaborateur de longue date du cinéaste roumain Cristian Mungiu, le directeur de la photographie Tudor Vladimir Panduru a partagé son expérience de tournage lors d’une masterclass organisée au Jakarta World Cinema. Il y a évoqué le travail qu’il a mené sur « Graduation », « R.M.N. » et « Fjord », ainsi que sur « The President’s Cake », du réalisateur irakien Hasan Hadi.
La session était modérée par Benh Zeitlin, réalisateur oscarisé pour « Les Bêtes du Sud sauvage ». Ce dernier a expliqué avoir accepté d’animer la rencontre parce que la démarche visuelle de Panduru, fondée sur des plans longs et une mise en scène précise, figure parmi les plus marquantes du cinéma contemporain. Selon les organisateurs, cette rencontre s’inscrit dans un programme consacré aux métiers de l’image et à la manière dont les choix techniques façonnent le récit.
Au cours de l’échange, le chef opérateur a détaillé la manière dont les longs plans-séquences structurent la narration chez Mungiu. Pour lui, la durée d’un plan n’est pas un simple effet de style : elle oblige le spectateur à rester face aux personnages et aux décisions morales qui se jouent devant la caméra, sans montage pour atténuer la tension. Cette logique permet de faire ressentir le temps vécu par les protagonistes, plutôt que de le découper en séquences rapides.
Panduru a également abordé les contraintes techniques de ces tournages, notamment la coordination des comédiens, la gestion de la lumière et les déplacements de caméra nécessaires pour suivre l’action sur la durée. Chaque plan exige une préparation minutieuse en amont, avec des répétitions répétées jusqu’à obtenir la justesse recherchée par le réalisateur. Le chef opérateur a souligné que ces exigences pèsent autant sur l’équipe technique que sur les acteurs, car une erreur en fin de plan peut contraindre à tout recommencer.
Cette masterclass met en lumière l’influence d’un style cinématographique roumain qui a durablement marqué les festivals internationaux. « Graduation » et « R.M.N. » sont devenus des références pour la mise en scène du réel et l’économie de moyens. La présence de Panduru à Jakarta témoigne de la circulation de ces pratiques auprès des cinéphiles et des professionnels d’Asie du Sud-Est, où les rencontres avec des directeurs de la photographie restent rares.
En évoquant « The President’s Cake », tourné par Hasan Hadi, le chef opérateur a rappelé que la mise en scène en plan long peut aussi servir des récits venus d’autres horizons culturels. Pour les étudiants et jeunes réalisateurs présents, ces échanges offrent une occasion concrète de comprendre comment un choix de cadre ou de rythme transforme la perception d’un film.
Source: variety.com
4



