Les cartes Pokémon passent du classeur au wallet
À l’approche des 30 ans du TCG, le PV100 gagne 27,9 % et des plateformes permettent de négocier des cartes physiques sous forme de jetons numériques.
Le vieux geste reste le même : ouvrir un pack et espérer tomber sur la bonne carte. Mais en 2026, ce geste peut se faire depuis un téléphone, avec une carte réelle stockée à des centaines de kilomètres et un jeton numérique qui apparaît dans un portefeuille.
Cette nouvelle version du collectionnisme arrive au moment où les prix des cartes premium sont particulièrement solides. L’indice PV100 de PokéViews progresse de 27,9 % depuis le début de l’année. Le S&P 500 était à +13,9 % au 13 août, tandis que le Bitcoin restait largement en dessous de son niveau de janvier.
Le PV100 ne représente pas toutes les cartes Pokémon. Il suit 100 cartes anglophones de grande valeur, non gradées et suffisamment échangées. L’indice est équipondéré et rééquilibré chaque mois. Il sert de thermomètre au segment premium, pas de produit d’investissement prêt à acheter.
Le vrai changement se trouve dans l’infrastructure. Une plateforme peut faire vérifier une carte, la stocker dans un coffre puis créer un jeton lié à cet objet. Tant que personne ne demande la carte physique, seul le jeton circule. Cela évite de réexpédier un objet fragile à chaque vente et permet des transactions beaucoup plus rapides.
Le concept a déjà trouvé un marché. The Block a mesuré environ 7,4 millions de dollars de revenus sur une seule semaine début mai pour les places de marché Pokémon tokenisées, 337 % de plus qu’un an auparavant. En juin, Blockworks Research a évalué les dépenses onchain sur les plateformes gacha de cartes tokenisées à 324,6 millions de dollars.
Le mot gacha est important. Il décrit des packs aléatoires : on paie avant de connaître la carte obtenue. Sur les plateformes numériques, l’utilisateur peut ensuite conserver le jeton, le vendre ou parfois profiter d’un rachat immédiat. L’expérience ressemble donc à un booster traditionnel, mais avec une vitesse et des montants qui peuvent être beaucoup plus élevés.
C’est aussi là que le phénomène devient social. Le plaisir de collectionner croise l’envie de spéculer, et la frontière entre loisir et comportement de jeu devient plus floue. Les débats déjà présents autour des ouvertures de packs et des ventes en direct prennent une nouvelle dimension quand tout le cycle se déroule instantanément en ligne.
Le marché général explique pourquoi autant d’acteurs s’y intéressent. Mordor Intelligence estime les trading card games à 15,11 milliards de dollars en 2026. Ce chiffre couvre une catégorie plus large que les seules cartes Pokémon de collection, mais il donne une idée du réservoir de consommateurs.
Un détail reste pourtant très concret : la carte n’est pas dans le wallet. Elle est dans un coffre. L’utilisateur dépend donc de la sécurité du lieu, de l’assurance, de l’opérateur et des règles de retrait. La blockchain n’efface pas cette confiance, elle la déplace.
Le 16 septembre, Pokémon lancera son extension 30th Celebration. Entre les nouvelles illustrations, le retour de cartes classiques et la vague de nostalgie liée aux 30 ans, le marché aura un nouveau carburant. Reste à voir si les wallets deviendront un prolongement durable des classeurs ou simplement l’accessoire technologique de cette année anniversaire.



