Martha Reeves revient sur « Dancing in the Street » et ses souvenirs de Motown
Dans une interview, Martha Reeves évoque son tube « Dancing in the Street », sa colère de ne pas avoir participé au clip de Bowie et Jagger, et ses souvenirs avec Marvin Gaye, Stevie Wonder et Dusty Springfield.
Martha Reeves, la voix du classique de Motown « Dancing in the Street », a accordé une interview dans laquelle elle revient sur la genèse du tube, sa réaction au célèbre clip de David Bowie et Mick Jagger, et ses souvenirs de tournée avec les légendes du label. La chanteuse, qui menait les Vandellas, a notamment confié qu'elle en veut toujours à Mick Jagger de ne pas l'avoir invitée à participer à la reprise de 1985.
« Je suis toujours en colère contre Mick Jagger ! J'avais une robe à fleurs que j'aurais pu mettre et j'aurais pu être dans le clip », a-t-elle déclaré. « Je me vantais de pouvoir danser mieux qu'eux. Je sais y faire ! » Elle précise toutefois qu'elle a aimé cette reprise et le fait que les deux artistes aient dansé dans la rue, un moment qu'elle est heureuse que Marvin Gaye ait pu voir avant sa mort.
Revenant sur l'écriture de « Dancing in the Street », Martha Reeves raconte que Marvin Gaye, qui a coécrit la chanson, la lui a offerte en studio. « Il m'a vue regarder par la fenêtre et m'a dit : “Martha, viens ici. Chante cette chanson.” Je l'avais apprise en l'écoutant, et je lui ai demandé si je pouvais la chanter comme je la ressentais », se souvient-elle. Elle évoque son admiration pour le chanteur, sans cacher son béguin d'alors : « J'avais un faible pour Marvin, mais je ne cherchais pas à briser un foyer ! »
La chanteuse revient également sur la signification profonde du morceau, sorti en 1964, en pleine période des droits civiques. « L'influence de cette chanson a compté pour la période que nous vivions. Les gens arrêtaient de se battre et de saccager les propriétés, et commençaient à écouter la musique, à danser et à profiter les uns des autres », explique-t-elle. Elle admet avoir d'abord hésité à « danser dans les rues », préférant les maisons et les bals, avant de comprendre le sens de la chanson : « C'est être au milieu de la vie et de la mort, du danger et de la sécurité, et danser pour passer un bon moment, sans s'inquiéter, car Dieu va nous protéger. »
L'interview est aussi l'occasion d'évoquer la tournée Motortown Revue de 1962, qui a débuté à Détroit avant de traverser le Sud ségrégationniste. Martha Reeves raconte les dangers encourus : « Nous ramassions des balles dans la tête du lit du bus, mais il y a de la peur dans tout ce que l'on fait. Nous avons traversé des dangers, mais le son Motown était en mission pour répandre l'amour. »
Elle se souvient avec tendresse des farces du jeune Stevie Wonder, alors âgé de 12 ans. « Il jouait des tours intelligents. Il chuchotait aux gens : “Qui vient ?” ou “Qu'est-ce qu'elle porte ?” et quand tu passais devant lui, il disait : “Hé Martha, jolie robe rouge !” Et tu te demandais comment il avait fait ! » Elle raconte aussi une anecdote où Stevie Wonder a éteint un feu sur une perruque afro, prouvant selon elle qu'il est « un génie, conscient de choses que nous ne sommes pas ».
Enfin, Martha Reeves évoque son amitié avec Dusty Springfield, rencontrée au Brooklyn Fox Theatre. Elle se souvient que la chanteuse britannique, contrariée par son manager, avait acheté de la vaisselle dans une brocante en disant que les Britanniques, quand ils sont énervés, jettent les assiettes contre le mur. Un souvenir qui illustre la complicité entre les artistes de l'époque.



