« Ray Gunn » : Brad Bird signe un film noir rétro-futuriste énergique mais inégal
Le nouveau long-métrage d'animation de Brad Bird, « Ray Gunn », plonge un détective privé dans une métropole rétro-futuriste. La critique salue l'énergie visuelle et le style, mais pointe quelques longueurs.
Brad Bird revient à l'animation avec « Ray Gunn », un film noir rétro-futuriste qui transporte le spectateur dans Metropia, une mégapole imaginée comme si les années 1939 avaient projeté leur vision du futur. Le détective privé Raymond Gunn y enquête sur une affaire mêlant extraterrestres, meurtre et une star multimédia nommée Venus Nova. Le long-métrage, porté par un casting vocal prestigieux — Sam Rockwell, Scarlett Johansson, Tom Waits, Matt Berry ou encore Michelle Rodriguez —, marque le grand retour de Bird derrière la caméra après plusieurs années de projets avortés.
La critique salue d'abord l'énergie et l'inventivité visuelle du film. Le monde de Metropia, avec ses voitures volantes et ses jetpacks, est décrit comme un décor foisonnant, à la fois familier et étrange. Certaines séquences marquantes, comme une piste de danse en apesanteur ou une arme capable de brouiller temporairement les membres de ses victimes, témoignent de l'imagination débordante du réalisateur. La musique de Michael Giacchino, la photographie d'Erik Smitt et le design sonore de Ben Burtt sont particulièrement salués pour leur qualité et leur capacité à immerger le public dans cet univers.
Le film assume pleinement son statut d'hommage au film noir et à la science-fiction d'antan. Plusieurs observateurs y voient une lettre d'amour au genre, servie par un style graphique soigné et une attention rare aux détails. « Ray Gunn » ose également aborder des thèmes plus sérieux, comme la bigoterie ou les dérives des publicités algorithmiques et de la protection des données. Pour certains critiques, cette ambition thématique constitue l'une des grandes forces du long-métrage, qui ne se contente pas d'être un divertissement pop.
Pourtant, tous les avis ne sont pas unanimes. Une partie de la critique estime que le récit policier s'étire inutilement et que le scénario tente de dissimuler des éléments pourtant évidents. D'autres regrettent que les thèmes ambitieux introduits — notamment la question de la discrimination — ne soient pas approfondis autant qu'ils le mériteraient. Le choix d'acteurs aux voix très reconnaissables, comme Sam Rockwell et Scarlett Johansson, est également pointé du doigt : il créerait parfois un décalage avec l'esthétique rétro du film.
Le débat autour de « Ray Gunn » dépasse la simple question de sa qualité. Le film incarne surtout la persévérance de Brad Bird, qui a tenté de le produire pendant plus de trente ans, entre ses succès chez Pixar et ses incursions dans le cinéma en prises de vues réelles. À l'origine, le réalisateur souhaitait un long-métrage en animation traditionnelle dessinée à la main. Le résultat final, en images de synthèse, conserve une certaine douceur visuelle mais crée parfois une tension avec l'ambiance polar recherchée.
La diffusion du film sur une plateforme de streaming suscite également des regrets. Plusieurs voix s'élèvent pour souligner que « Ray Gunn » mérite d'être vu sur grand écran, avec un système sonore de qualité. Des copies en 70 mm ont été tirées, offrant à quelques spectateurs de New York et de Los Angeles la chance de découvrir le film dans un format analogique rare. Pour ses défenseurs, ce long-métrage prouve qu'une animation ambitieuse destinée à un public adulte peut exister dans le paysage occidental, et que Brad Bird n'a rien perdu de son savoir-faire.
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