L'Union européenne a imposé à Google des obligations sans précédent, exigeant que le géant américain partage ses données de recherche avec des concurrents et ouvre son système d'exploitation Android aux intelligences artificielles rivales. Cette décision, annoncée jeudi, s'inscrit dans le cadre du règlement sur les marchés numériques (DMA), qui vise à renforcer la concurrence dans le secteur technologique.
La Commission européenne estime que Google détient une position dominante sur le marché de la recherche en ligne et des systèmes d'exploitation mobiles, ce qui lui permet de favoriser ses propres services d'intelligence artificielle au détriment de ceux de ses concurrents. En conséquence, Bruxelles ordonne à l'entreprise de fournir un accès équitable à ses données de recherche et de permettre aux développeurs tiers d'intégrer leurs IA dans Android, sans restrictions discriminatoires.
Cette mesure intervient alors que l'UE intensifie son contrôle sur les grandes plateformes numériques, considérées comme des « contrôleurs d'accès » (gatekeepers) en raison de leur influence sur le marché. Google, qui fait partie des six entreprises désignées comme telles en septembre 2023, doit désormais se conformer à des règles strictes en matière de transparence et de non-discrimination.
En réaction, Kent Walker, président des affaires mondiales de Google, a vivement critiqué la décision. « Ces décisions risquent de saper des garde-fous essentiels en matière de vie privée et de sécurité pour des millions d'Européens », a-t-il déclaré jeudi. Selon lui, l'obligation de partager des données de recherche pourrait exposer les utilisateurs à des risques accrus de surveillance et de violations de données, tandis que l'ouverture d'Android à des IA rivales compromettrait la sécurité du système.
Le DMA, entré en vigueur en mars 2024, impose aux grandes plateformes des obligations spécifiques, notamment l'interdiction de favoriser leurs propres produits et services, la nécessité de permettre aux utilisateurs de désinstaller des applications préinstallées, et l'obligation de garantir l'interopérabilité avec des services tiers. Google avait déjà été contraint de modifier certaines de ses pratiques, comme le choix du moteur de recherche par défaut sur Android, mais cette nouvelle exigence va plus loin en ciblant directement l'intelligence artificielle.
L'UE justifie sa décision par la nécessité de stimuler l'innovation et d'offrir aux consommateurs un plus large choix. « Nous voulons que les Européens puissent bénéficier des meilleurs services d'IA, qu'ils soient développés par Google ou par d'autres entreprises », a expliqué un porte-parole de la Commission. Bruxelles souligne que le marché de l'IA est en pleine expansion et que des pratiques anticoncurrentielles pourraient freiner son développement.
Google dispose de plusieurs mois pour se conformer à ces exigences, sous peine de sanctions financières pouvant atteindre jusqu'à 10 % de son chiffre d'affaires annuel mondial, soit plusieurs dizaines de milliards d'euros. L'entreprise pourrait également faire l'objet d'enquêtes approfondies si elle ne respecte pas les délais impartis.
Cette affaire s'ajoute à une série de confrontations entre l'UE et les géants de la tech américains. Apple, Meta et Amazon ont également été visés par des mesures similaires, notamment en matière de partage de données et de pratiques commerciales. Bruxelles cherche ainsi à établir un cadre réglementaire harmonisé pour l'économie numérique, tout en répondant aux préoccupations croissantes concernant la concentration des pouvoirs entre les mains de quelques entreprises.
Les conséquences de cette décision pourraient être considérables. Si Google se conforme, cela pourrait ouvrir la voie à une concurrence accrue dans le domaine de l'IA, avec des acteurs comme Microsoft, OpenAI ou des startups européennes qui pourraient accéder à des données jusqu'alors réservées à Google. En revanche, les critiques de Google mettent en garde contre les risques pour la vie privée, car le partage de données de recherche pourrait faciliter le profilage des utilisateurs par des tiers.
L'UE prévoit de surveiller de près la mise en œuvre de ces obligations et pourrait imposer des mesures supplémentaires si nécessaire. Cette décision marque une étape importante dans la régulation des technologies numériques, avec des implications qui dépassent le seul cas de Google et pourraient influencer les politiques d'autres régions, notamment aux États-Unis.



