Le Rassemblement national a pris ses distances, jeudi, avec Xenia Fedorova, l'ancienne présidente de RT France visée par un arrêté d'expulsion, tout en apportant son soutien à la mesure gouvernementale. Interrogé sur franceinfo, le député RN Thomas Ménagé a estimé que la chroniqueuse « a répondu aux critères » justifiant une expulsion, ajoutant que son parti ne « partage pas » ses positions et juge nécessaire de « se protéger des différentes ingérences ». Cette déclaration intervient alors que le gouvernement accuse Mme Fedorova de relayer la propagande du Kremlin via ses interventions médiatiques.
Xenia Fedorova, qui a dirigé la version française de la chaîne d'information russe RT France jusqu'à sa fermeture en 2022, est aujourd'hui chroniqueuse régulière sur CNews, Europe 1 et contribue au Journal du dimanche. L'arrêté d'expulsion, notifié cette semaine, lui reproche de servir de relais aux positions du pouvoir russe, en particulier sur la guerre en Ukraine. L'intéressée a annoncé son intention de contester cette décision devant la justice administrative, dénonçant une atteinte au pluralisme.
Dans les médias, les réactions sont vives. Plusieurs éditorialistes, notamment sur France 24, ont souligné le paradoxe d'une mesure prise contre une figure médiatique qui bénéficie d'une large audience en France, tout en rappelant le contexte de répression des voix dissidentes en Russie. Pour ses soutiens, l'expulsion cible une personnalité dont les opinions, bien que controversées, relèveraient du débat d'idées. Le gouvernement, lui, insiste sur la nécessité de lutter contre les ingérences étrangères, alors que les soupçons de propagande pro-Kremlin dans les médias français font régulièrement débat.
L'affaire Fedorova s'inscrit dans une série de mesures prises par Paris pour contrer l'influence russe en France. Depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022, les autorités françaises ont renforcé la surveillance des médias liés à Moscou, aboutissant à la fermeture de RT France et à des restrictions sur le site Sputnik. L'expulsion de l'ancienne dirigeante de RT, si elle est confirmée, constituerait une étape supplémentaire dans cette politique. Cependant, des voix s'élèvent pour dénoncer une dérive sécuritaire, rappelant que la liberté d'expression est un principe fondamental.
De son côté, le Rassemblement national, longtemps accusé de proximité avec la Russie, cherche à marquer sa différence. En se désolidarisant ouvertement de Xenia Fedorova, le parti de Marine Le Pen tente de dissiper les soupçons de complaisance envers le Kremlin, alors que les élections européennes de 2024 ont vu monter les critiques sur ses liens supposés avec Moscou. Thomas Ménagé a d'ailleurs insisté sur la nécessité de « protéger la France des ingérences », un discours qui résonne avec la ligne officielle du RN, soucieux de ne pas apparaître comme un relais des intérêts russes.
Xenia Fedorova, qui dispose d'un droit de recours, pourrait bénéficier du soutien de certaines figures politiques et médiatiques dénonçant une « chasse aux sorcières ». Son avocat a déjà annoncé son intention de saisir le tribunal administratif pour faire annuler l'arrêté. L'affaire promet de relancer le débat sur l'équilibre entre lutte contre les ingérences étrangères et respect de la liberté d'expression, un sujet sensible à l'heure où les démocraties européennes tentent de se prémunir contre les manipulations informationnelles venues de Russie.



