Le parquet de Bordeaux a annoncé mercredi 22 juillet un durcissement significatif des sanctions pénales contre l'emploi du feu en forêt, au lendemain de la mort de deux sapeurs-pompiers de 34 ans, piégés par un violent incendie aux abords de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. Cette décision intervient alors qu'un feu particulièrement virulent continue de progresser au nord du bassin d'Arcachon, détruisant déjà plus de 1 400 hectares de forêt de pins et contraignant des milliers de personnes à évacuer leurs habitations et campings.
Les deux pompiers décédés appartenaient au centre de secours de Saint-Médard-en-Jalles. Leur mort a provoqué une vive émotion dans la région, où les drapeaux ont été mis en berne et où les habitants leur rendent un hommage empreint de « peine », de « respect immense » et de « chagrin ». Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, qui s'est rendu sur place mercredi, a dû faire face à la colère des syndicats de pompiers dénonçant l'épuisement des troupes, le manque d'effectifs et des problèmes matériels. Il a assuré que la France « fait face » aux incendies, alors que trois pompiers ont perdu la vie en deux semaines.
L'incendie, qui a démarré à Saumos en milieu de journée, a rapidement gagné la commune du Porge avant de progresser en direction d'Arès et de Lège-Cap-Ferret. Les autorités ont recensé 4 600 personnes évacuées, dont environ 700 habitants du Porge et plus de 3 000 occupants d'un camping. Face à une météo jugée « défavorable », la préfète de Gironde, Sophie Brocas, a demandé « solennellement » à 600 personnes supplémentaires de quitter des campings et lotissements situés dans la zone menacée, afin de permettre aux secours de concentrer leurs moyens sur la lutte contre les flammes. « Il n'y a pas péril en la demeure mais il faut le faire maintenant », a-t-elle insisté.
Quelque 500 pompiers, appuyés par 150 engins et plusieurs moyens aériens, sont mobilisés pour tenter de contenir un sinistre décrit comme particulièrement difficile. Le capitaine Wilfried Schneider a évoqué un feu d'une virulence « rare », en raison d'un « peuplement très dense de pins très rapprochés, typique du massif ». Le directeur du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) 33, Marc Vermeulen, a expliqué que le feu est « en face convective, donc qui part dans tous les sens et qui n'est pas forcément guidé ni par le relief, ni par le vent ». Les pompiers ont également engagé des manœuvres de « feu tactique » en lisière pour tenter de ralentir la progression de l'incendie.
L'origine du sinistre pourrait être liée à des travaux de débroussaillage. Selon le maire du Porge, le feu aurait été déclenché par un engin utilisé sur une piste forestière, tandis que la gendarmerie évoquait mercredi soir une piste « accidentelle » restant à confirmer. Dans ce contexte, la préfète a annoncé l'interdiction de tous les travaux forestiers utilisant des moteurs thermiques dans le département tant que la vigilance rouge pour les feux de forêt restera en vigueur, une mesure qui concernera également certaines activités agricoles. Aucune victime n'était recensée par les autorités parmi la population civile.
Ce drame relance le débat sur les moyens alloués à la lutte contre les incendies en France, alors que la saison des feux de forêt s'annonce particulièrement rude en raison de la sécheresse et des fortes chaleurs. Les syndicats de pompiers dénoncent depuis plusieurs semaines un manque chronique d'effectifs et de matériel, ainsi qu'une usure morale et physique des personnels. La mort de deux professionnels en Gironde, après celle d'un autre pompier il y a deux semaines, a mis en lumière les conditions de travail extrêmes auxquelles sont confrontés les soldats du feu.
Le durcissement des sanctions annoncé par le procureur de Bordeaux vise à dissuader les comportements à risque, qu'il s'agisse de travaux forestiers non sécurisés, de jets de mégots ou de l'utilisation de matériels susceptibles de provoquer des étincelles. Les peines encourues pourraient être alourdies, allant jusqu'à plusieurs années d'emprisonnement et des amendes conséquentes, en fonction des circonstances et des dégâts causés. Cette mesure s'inscrit dans un contexte de mobilisation générale des autorités pour tenter de prévenir de nouveaux départs de feu, alors que la région reste placée en vigilance rouge.



