Le gouvernement estonien examine la possibilité de résilier le bail de la cathédrale Alexandre-Nevski de Tallinn, un édifice emblématique toujours loué à une Église orthodoxe dépendante du patriarcat de Moscou. Le ministre de l’Intérieur a appelé à mettre fin à cette location, tandis que d’autres voix estoniennes avancent des options plus radicales, comme la vente ou même la démolition de l’édifice.

Construite entre 1884 et 1900, alors que l’Estonie faisait partie de l’Empire russe, la cathédrale est perçue par de nombreux Estoniens comme un symbole de la russification forcée de l’époque. Après l’indépendance du pays en 1918, le bâtiment a connu différentes affectations, mais depuis la chute de l’Union soviétique, il est loué à l’Église orthodoxe estonienne, laquelle reste rattachée au patriarcat de Moscou.

La décision de l’État estonien de réexaminer ce bail s’inscrit dans un contexte de méfiance accrue envers la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Les autorités de Tallinn, comme celles des autres pays baltes, s’inquiètent des intentions de Vladimir Poutine et cherchent à limiter l’influence de Moscou dans la région. La cathédrale, bien que site touristique majeur de la capitale, est devenue l’objet d’un débat politique vif.

Le ministre de l’Intérieur a justifié sa position en soulignant qu’il n’est pas acceptable qu’un édifice public soit loué à une organisation clairement liée à un État étranger considéré comme hostile. Il a précisé que l’État étudie les voies juridiques pour résilier le contrat sans attendre son expiration. Des membres de la société civile et certains élus vont plus loin, suggérant que la cathédrale soit vendue à des investisseurs privés ou, dans une hypothèse extrême, démolis pour effacer ce qu’ils considèrent comme un vestige du passé impérial russe.

L’Église orthodoxe estonienne sous la juridiction de Moscou a protesté contre ces initiatives, affirmant que la cathédrale est un lieu de culte actif et un patrimoine culturel important pour la communauté orthodoxe. Elle rappelle que le bail actuel court encore plusieurs années et que toute résiliation anticipée serait illégale. De son côté, l’Église orthodoxe apostolique estonienne, rattachée au patriarcat de Constantinople, observe le débat sans prendre position officiellement.

Ce dossier s’ajoute aux tensions entre Tallinn et Moscou, qui se sont accentuées avec la guerre en Ukraine. L’Estonie a déjà expulsé plusieurs diplomates russes et interdit l’entrée de certains responsables religieux proches du Kremlin. La question de la cathédrale Alexandre-Nevski pourrait devenir un nouveau point de friction, d’autant que l’édifice est régulièrement visité par des responsables politiques russes.

Pour l’heure, aucune décision officielle n’a été prise. Le gouvernement doit d’abord consulter des juristes et évaluer les conséquences diplomatiques d’une rupture de bail. Le débat reste vif dans l’opinion publique estonienne, partagée entre le respect du patrimoine et la volonté de marquer une distance claire avec la Russie de Poutine.