Partir en randonnée amoureuse dans le Queyras peut virer au cauchemar. C'est ce qu'a vécu Léa, une jeune femme de 34 ans, qui s'est fait plaquer par son compagnon au troisième soir d'un périple de neuf jours, à 2 500 mètres d'altitude, dans un refuge sans électricité ni réseau. Impossible de faire demi-tour: les refuges dans l'autre sens étaient tous complets et les réservations non annulables. Elle a dû terminer la randonnée, marchant chaque jour à côté de celui qui venait de lui annoncer qu'il ne l'aimait plus.
Léa redoutait les orages, le poids du sac ou le dénivelé, mais pas une rupture en pleine montagne. Après deux premiers jours pesants où son copain « faisait déjà bien la gueule », il lui avoue tout: cela fait quelque temps qu'il pense ne plus l'aimer, mais il s'est forcé à venir. « Je ne m'y attendais pas du tout, il n'y avait aucun signe avant-coureur. Mon monde s'est effondré », raconte-t-elle. Après une nuit de larmes, le problème logistique se pose: il reste sept jours de marche.
Deux raisons l'empêchent de rentrer. D'abord, l'organisation: « Rien n'était annulable et on avait dépensé beaucoup d'argent. De plus, les refuges dans l'autre sens, pour atteindre le parking, étaient tous complets », explique-t-elle, période estivale oblige. Ensuite, l'espoir: « Je me suis dit que c'était rattrapable, que je n'allais pas abandonner notre histoire là, qu'il reviendrait pendant le séjour. J'ai vite vu que je m'étais plantée. »
Pendant la randonnée, il est facile de s'éviter et de marcher séparément, mais « randonner avec le poids du chagrin » est une épreuve supplémentaire. Le réseau se fait rare, impossible de s'épancher auprès de ses amis ou de se changer les idées. Pas après pas, Léa ressasse, tente de comprendre. « À la fois, j'étais seule à marcher, dans une immense solitude, et à la fois je croisais toujours du monde », se souvient-elle. En juillet, le Queyras est une destination prisée: impossible de s'effondrer en pleurant ou de se rouler par terre.
Les vrais problèmes arrivent le soir. L'espace est restreint dans les refuges, les repas sont partagés sur une ou deux tablées. « C'est difficile de passer des heures dans la même pièce que l'homme qui vient de vous briser le cœur. On peut rencontrer un inconnu, mais franchement, quand on vient de se faire plaquer, on n'a pas envie de faire la discussion », confie-t-elle. Pour ne pas passer pour la « relou », elle se force un peu. Et pas de glace à la chantilly dans les refuges pour éponger sa peine.
Le calvaire continue au moment de dormir. Le couple avait pris des chambres privatives, ce qui rend la situation encore plus gênante. « Après une nuit, on a bien compris que c'était impossible. On s'est dit que chaque soir, l'un ou l'autre à tour de rôle dormirait ailleurs que dans la chambre. » Mais les options sont limitées: les refuges sont pleins. « Un soir, dans un refuge, un randonneur manquait, alors mon ex a pu dormir dans un dortoir. Un autre, j'ai dormi sur le canapé du salon du refuge, et lui dans la chambre. »
Au bout du sixième jour, elle trouve la force de raconter sa situation à une randonneuse « très gentille ». Après une longue négociation, l'ex de Léa accepte de dormir dans le dortoir à la place de la randonneuse. Au neuvième jour, le couple décide d'un commun accord de sauter une étape et de foncer jusqu'à la voiture. « Il était plus que temps que ça s'arrête. Tant pis pour le dernier refuge. »
Reste le retour jusqu'à Narbonne en voiture, « là encore un moment très long », et les adieux définitifs. Ou presque. « Il m'a quand même demandé un remboursement pour les nuits au dortoir lorsqu'il s'était 'sacrifié' pour la chambre », raconte Léa, amère. De quoi lui passer définitivement le goût de la montagne. « Les bouquetins, c'est bien mignon, mais c'était la marche la plus longue de ma vie. » Depuis, elle assure préférer les vacances à la mer « et les hôtels annulables et remboursables », et tant qu'à faire, « le groupe de potes à l'amour ». Ne lui parlez plus de prince charmant ni de montagne.



