La Russie a annoncé mercredi avoir émis un avis de recherche international à l'encontre de Pavel Dourov, le cofondateur et patron de la messagerie Telegram. Le milliardaire russo-français est visé par des accusations de « complicité de terrorisme », selon une information révélée par plusieurs médias. Le Service fédéral de sécurité (FSB) reproche à Telegram de n'avoir pas supprimé un robot de rencontres en ligne très populaire, que Moscou accuse d'être utilisé par les services spéciaux ukrainiens pour recruter de jeunes Russes.

Cette décision intervient alors que Pavel Dourov est déjà placé sous contrôle judiciaire en France depuis son interpellation à l'aéroport du Bourget en août 2024. Il est soupçonné dans l'Hexagone de complicité dans des activités illicites via sa plateforme, notamment en lien avec le crime organisé. La procédure française n'a pas été affectée par l'initiative russe, mais celle-ci ajoute une dimension diplomatique et judiciaire nouvelle à un dossier déjà complexe.

Le fondateur de Telegram, âgé de 40 ans, est né à Saint-Pétersbourg et a quitté la Russie en 2014 après avoir refusé de céder aux demandes des autorités visant à bloquer des groupes d'opposition sur le réseau social VKontakte, qu'il avait également fondé. Exilé entre Dubaï et d'autres capitales, il a acquis la nationalité française et celle des Émirats arabes unis. Sa messagerie, cryptée de bout en bout, compte plus de 900 millions d'utilisateurs dans le monde et joue un rôle central dans la diffusion de l'information en Russie et dans les pays de l'ex-URSS.

Le FSB affirme que le robot de rencontres incriminé servait à identifier et approcher des jeunes Russes pour le compte des services de sécurité ukrainiens, dans le cadre de la guerre que mène Moscou contre Kiev depuis février 2022. La messagerie n'aurait pas donné suite aux demandes de retrait de ce compte, ce qui constitue, selon les enquêteurs russes, un acte de « complicité de terrorisme ». Telegram n'a pas réagi dans l'immédiat à cette annonce.

Pavel Dourov avait été photographié fin octobre 2025 lors d'un combat d'arts martiaux mixtes à l'Etihad Arena d'Abou Dhabi, aux côtés de personnalités du sport et du divertissement. Ce déplacement montre que, malgré les restrictions judiciaires françaises, il continue de se déplacer à l'international dans le cadre des conditions fixées par la justice. Le parquet de Paris n'a pas commenté l'avis de recherche russe.

L'avis de recherche international émis par la Russie pourrait compliquer la situation de Pavel Dourov dans les pays ayant signé des accords d'extradition avec Moscou, même si la France, qui ne livre pas ses ressortissants, constitue une protection relative. La décision russe s'inscrit dans une série de pressions exercées par le Kremlin contre les grandes plateformes numériques, accusées de ne pas respecter la législation locale et de permettre des activités « antirusses ». Telegram a déjà été sanctionné en Russie par des amendes et des tentatives de blocage, sans succès durable.

Cette affaire illustre les tensions croissantes entre la Russie et les géants de la technologie, dans un contexte de guerre hybride où la régulation de l'information est devenue un enjeu majeur. L'avis de recherche contre le patron de Telegram marque une escalade dans cette confrontation, avec des répercussions possibles sur la liberté de communication de millions d'utilisateurs dans la région.