Le maire de New York, Zohran Mamdani, a suscité une vive controverse en affirmant sa volonté de faire arrêter le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou si celui-ci se rend à l'Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain. Dans un entretien accordé auNew York Timessamedi, M. Mamdani a déclaré que M. Netanyahou « a sa place à La Haye », en référence au mandat d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues, alors que les États-Unis ont récemment imposé de nouvelles sanctions contre la CPI.
La question centrale est de savoir si le maire d'une ville américaine dispose réellement du pouvoir de faire exécuter un mandat d'arrêt international. Pour Alexis Deswaef, président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la réponse est claire: « Le maire est traditionnellement et légalement le chef de sa police ». Selon lui, le NYPD (police de New York) pourrait intercepter M. Netanyahou « lors de sa visite à New York, à son arrivée ou à la sortie de son hôtel », et « le priver de liberté en exécution du mandat d'arrêt de la CPI ». Il précise qu'aucune nouvelle décision judiciaire ne serait nécessaire, car « le mandat est là, il existe, et les autorités décident tout simplement de l'exécuter ».
Un précédent historique existe: la Côte d'Ivoire avait remis son ancien président Laurent Gbagbo à la CPI. Le statut de chef de gouvernement de M. Netanyahou ne lui conférerait aucune immunité devant la CPI, pas plus que son invitation à l'ONU. « Cela ne donne pas d'immunité devant la CPI », martèle Alexis Deswaef. Il ajoute que le fait que les États-Unis n'aient jamais signé le Statut de Rome ne bloquerait rien juridiquement, puisque la police new-yorkaise agirait « comme le bras de la CPI ». « Ce ne serait pas la police de New York ou les autorités judiciaires américaines qui prennent l'initiative, ce serait tout simplement la mise en application d'une décision de la CPI », explique-t-il.
Cette position a immédiatement provoqué une réaction de l'administration Trump. Lundi soir, le président Donald Trump a assuré sur Truth Social que « Benyamin Netanyahou ne sera pas arrêté, sous quelque forme que ce soit, tant qu'il se trouve aux États-Unis d'Amérique ». L'ambassadeur israélien à l'ONU, Danny Danon, avait affirmé la veille que la déclaration de Zohran Mamdani « ne changera rien » et que le Premier ministre se rendra bien à New York. Cependant, comme le rappelle Alexis Deswaef, le président américain n'a en théorie aucune autorité directe sur le NYPD, une police qui dépend de la ville, pas de Washington. « Son ami Trump ne peut pas garantir (à Netanyahou) que rien n'arrivera, sauf à arriver à une situation ubuesque où on aurait les autorités fédérales américaines, sur ordre du président, qui escorteraient le Premier ministre Netanyahou depuis l'aéroport de New York jusqu'à l'ONU pour éviter qu'on vienne l'arrêter. Ce serait digne d'un scénario de film », analyse-t-il.
Le président de la FIDH qualifie les propos du maire de New York d'« acte de résistance à l'administration Trump ». Il rappelle que cette déclaration intervient quelques jours après l'annonce, par le secrétaire d'État Marco Rubio, de nouvelles sanctions américaines contre la CPI. « C'est extrêmement courageux de la part du maire de New York, tout en restant dans la légalité. Il a une constante dans sa volonté d'appliquer les règles car il avait déjà annoncé qu'il ferait la même chose si Vladimir Poutine devait se présenter dans sa ville », souligne-t-il.
Au-delà de la dimension juridique, cette menace pourrait avoir des conséquences concrètes. L'Espagne a déjà prévenu qu'elle arrêterait le Premier ministre israélien en cas de visite. Résultat, le dirigeant évite désormais de survoler l'espace aérien espagnol, de peur d'être intercepté en plein vol. « Ça montre que ces déclarations, qui sont des déclarations d'intention, ont leurs effets », estime Alexis Deswaef. Si M. Netanyahou ne vient pas à New York, « cela permettrait de dire qu'un criminel de guerre, visé par un mandat d'arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, ne peut plus se mouvoir librement dans le monde sous peine d'être intercepté pour être jugé pour ses actes. Ce serait une victoire du droit car il se retrouverait, de facto, enfermé dans son propre pays, avec un statut de paria international », conclut l'avocat.
La situation reste donc tendue, entre déclarations politiques et réalités juridiques. Alors que l'Assemblée générale de l'ONU approche, les regards se tournent vers New York, où le maire Zohran Mamdani pourrait bien tenter de mettre sa menace à exécution, défiant à la fois l'administration Trump et le gouvernement israélien.



