Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a annoncé lundi 13 juillet une nouvelle campagne visant à « démanteler » la Cour pénale internationale (CPI), une institution qui a récemment émis un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Cette offensive diplomatique, dévoilée dans un discours posté sur YouTube et un article d'opinion publié dans le Wall Street Journal, accuse la CPI de « mener une guerre » contre les États-Unis et leurs alliés.
Cette annonce marque une escalade significative dans les relations déjà tendues entre Washington et la juridiction basée à La Haye. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a multiplié les attaques contre les institutions multilatérales, qu'il accuse de menacer la souveraineté américaine. La CPI, créée en 2002 pour juger les crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocides, est devenue une cible privilégiée de l'administration républicaine après l'émission d'un mandat d'arrêt contre Netanyahou en novembre 2024.
Les Pays-Bas, pays hôte de la CPI, ont rapidement réagi en affirmant avoir une « obligation morale » de défendre l'institution. Le gouvernement néerlandais a souligné que la CPI joue un rôle crucial dans la lutte contre l'impunité des crimes internationaux les plus graves. Cette prise de position intervient alors que plusieurs pays européens ont exprimé leur soutien à la cour, craignant que les pressions américaines n'affaiblissent le droit international.
L'offensive américaine contre la CPI ne date pas d'hier. Dès 2020, l'administration Trump avait imposé des sanctions contre des procureurs de la CPI enquêtant sur des soldats américains en Afghanistan. Ces sanctions avaient été levées par l'administration Biden en 2021, mais la nouvelle administration républicaine semble déterminée à reprendre et intensifier cette politique. Marco Rubio a notamment menacé d'imposer des restrictions de visas et des sanctions financières aux juges et procureurs de la CPI.
Les experts juridiques restent toutefois sceptiques quant à la capacité des États-Unis à « démanteler » la CPI. L'institution est régie par le Statut de Rome, un traité international ratifié par 123 pays. Les États-Unis ne sont pas signataires de ce traité, ce qui limite leur influence directe sur le fonctionnement de la cour. « La CPI est une organisation internationale fondée sur un traité. La démanteler nécessiterait l'accord de ses États parties, ce qui est hautement improbable », explique un professeur de droit international à l'Université de Leyde.
Cette nouvelle offensive s'inscrit dans un contexte plus large de contestation des institutions internationales par l'administration Trump. Le président américain a également récemment dénoncé des « vulnérabilités choquantes » dans le système électoral américain, accusant la Chine de piratage massif de données électorales. Pékin a catégoriquement démenti ces accusations, les qualifiant de « pures inventions » et de « calomnies malveillantes ». Les experts en sécurité électorale ont souligné que les fichiers d'électeurs américains sont largement accessibles publiquement et que leur téléchargement, même illégal, n'aurait pas compromis les résultats des élections.
Les critiques de l'administration Trump y voient une tentative de détourner l'attention des difficultés politiques intérieures. Les élections de mi-mandat de novembre s'annoncent difficiles pour les républicains, qui pourraient perdre leur mince majorité au Congrès. Donald Trump, qui n'a jamais accepté sa défaite face à Joe Biden en 2020, prépare déjà le terrain pour contester les futurs scrutins, selon ses opposants. Le chef démocrate Chuck Schumer a accusé Trump de « tenter de semer le chaos et de subvertir les élections ».
La communauté internationale observe avec attention cette escalade. Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont condamné les menaces américaines contre la CPI, les qualifiant d'« attaque sans précédent contre l'État de droit international ». Amnesty International a appelé les États parties au Statut de Rome à « résister fermement à ces pressions et à défendre l'indépendance de la cour ». La CPI continue de mener ses enquêtes, notamment sur les situations en Ukraine, au Soudan et en Palestine, malgré les pressions politiques.
L'issue de cette confrontation reste incertaine. Si les États-Unis disposent de moyens de pression considérables, notamment économiques et diplomatiques, le démantèlement de la CPI semble un objectif difficile à atteindre. La cour bénéficie du soutien de nombreux pays, en particulier en Europe et en Afrique, qui y voient un instrument essentiel pour la justice internationale. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si l'offensive américaine parviendra à affaiblir durablement l'institution ou si elle renforcera au contraire la détermination de ses défenseurs.



