La 26e Conférence internationale sur le sida a débuté ce samedi 26 juillet à Rio de Janeiro, réunissant dirigeants, experts et représentants de la société civile. Quarante ans après l’identification du VIH, la médecine a réalisé des progrès considérables: les traitements antirétroviraux permettent aux personnes séropositives de vivre presque normalement et de ne plus transmettre le virus, un concept connu sous le nom de « U=U » (indétectable = intransmissible). Pourtant, ces acquis sont aujourd’hui lourdement menacés par la baisse des financements internationaux, la multiplication des conflits armés et des politiques publiques qui stigmatisent les communautés les plus vulnérables.
Les avancées thérapeutiques des dernières décennies ont transformé le sida, autrefois synonyme de mort certaine, en une maladie chronique gérable. La prophylaxie pré-exposition (PrEP) a également permis de réduire drastiquement les nouvelles infections dans de nombreuses régions. L’Organisation mondiale de la santé estimait récemment que près de 30 millions de personnes avaient accès à un traitement antirétroviral dans le monde. Mais ces succès restent fragiles, car ils dépendent d’un financement soutenu et d’un engagement politique fort.
Anne-Claire Guichard, conseillère en matière de politique et de rapports à l’Onusida, a souligné que « la riposte au sida est fortement fragilisée en ce moment ». Elle a pointé trois facteurs principaux: la baisse des financements internationaux — certains grands donateurs ayant réduit leur contribution —, les inégalités persistantes dans l’accès aux soins et les atteintes aux droits humains. Les conflits armés, notamment en Ukraine, au Soudan ou dans la région des Grands Lacs en Afrique, perturbent les chaînes d’approvisionnement en médicaments et éloignent les populations des centres de santé. Dans les zones de guerre, les violences sexuelles augmentent le risque de transmission du VIH tandis que les services de prévention et de traitement sont souvent interrompus.
La marginalisation des populations clés reste un défi majeur. Dans de nombreux pays, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les travailleurs du sexe, les usagers de drogues injectables et les personnes transgenres sont criminalisés ou fortement stigmatisés, ce qui les éloigne des soins. « Tant que ces communautés seront discriminées, la pandémie ne pourra pas être vaincue », a averti un expert présent à Rio. L’Onusida rappelle que 70 % des nouvelles infections dans le monde touchent des personnes de ces groupes vulnérables.
La conférence de Rio, qui se tient pour la première fois en Amérique latine depuis 2016, doit permettre de renouveler les engagements internationaux. Les participants plaident pour un maintien des financements bilatéraux et multilatéraux, une meilleure intégration des droits humains dans les politiques de santé et un effort accru pour atteindre les « derniers kilomètres » là où l’accès aux soins est le plus faible. Sans une volonté politique forte, les progrès accomplis risquent de s’inverser, alors que l’objectif de mettre fin au sida comme menace de santé publique d’ici 2030 s’éloigne déjà dans plusieurs régions.



