Renault, l'un des quatre constructeurs automobiles français impliqués dans le scandale du Dieselgate, a été renvoyé lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour tromperie aggravée, a indiqué le parquet. Cette décision judiciaire marque une nouvelle étape dans l'enquête sur les émissions polluantes des moteurs diesel, qui avait éclaté en 2015 après la révélation des pratiques frauduleuses de Volkswagen aux États-Unis. Le constructeur au losange est désormais le deuxième en France à être poursuivi pénalement dans ce dossier, après le géant allemand.

Le groupe Renault a immédiatement réagi en annonçant qu'il défendrait « son innocence, le professionnalisme et l'éthique de ses 100 000 collaborateurs » devant la justice. Dans un communiqué, il affirme que « les véhicules Renault ont tous et toujours été homologués conformément aux lois et réglementations française et européenne applicables ». Il rappelle également que l'ordonnance rendue vendredi et notifiée lundi « reconnaît que les véhicules Renault ne sont pas équipés de dispositifs frauduleux de détection du cycle d'homologation ». Selon le groupe, cette analyse a été confirmée par la Haute Cour de Justice de Londres, qui a rejeté les demandes de fonds spéculatifs étrangers engagés dans la même procédure en France.

Selon les réquisitions du parquet, le constructeur est soupçonné d'avoir « spécialement calibré » des véhicules répondant aux normes Euro 5 et Euro 6, commercialisés entre 2009 et 2017. L'objectif présumé était de respecter les paramètres réglementaires lors des tests d'homologation, mais pas dans des conditions normales d'utilisation. Le parquet estime que cette tromperie présumée est aggravée, ce calibrage ayant pu contribuer à la pollution aux oxydes d'azote, « favorisant notamment l'apparition chez l'homme de maladies respiratoires ». Renault conteste fermement ces accusations et maintient que ses véhicules respectaient les réglementations en vigueur.

En France, le parquet de Paris a également requis un procès contre Peugeot-Citroën et Fiat Chrysler, mais la décision finale sur leur éventuel renvoi appartient au juge d'instruction. L'affaire du Dieselgate, qui a secoué l'industrie automobile mondiale, a déjà donné lieu à des milliers de poursuites judiciaires et à des amendes colossales aux États-Unis, en Allemagne et ailleurs en Europe. Les constructeurs sont accusés d'avoir truqué les tests d'émissions pour masquer des niveaux de pollution bien supérieurs aux normes autorisées.

Pour Renault, ce renvoi devant le tribunal correctionnel intervient dans un contexte de fragilité financière et de restructuration industrielle. Le groupe, en partie détenu par l'État français, a dû faire face à des pertes importantes et à des accusations de fraude dans plusieurs pays. La justice française devra désormais déterminer si les pratiques de Renault relèvent d'une tromperie organisée ou d'une interprétation contestée des normes d'homologation. Le procès à venir devrait permettre de clarifier la responsabilité du constructeur dans l'un des plus grands scandales environnementaux de l'histoire automobile.