Alors que la guerre civile au Soudan entre dans sa deuxième année, une nouvelle vague de sanctions internationales a été annoncée contre les belligérants. Pourtant, ces mesures punitives peinent à convaincre les observateurs, qui doutent de leur capacité à infléchir le cours du conflit. Le général Abdel Fattah Al-Burhan, chef de l'armée soudanaise et dirigeant de facto du pays, reste au cœur des critiques, tandis que les Forces de soutien rapide (FSR) de Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », continuent de gagner du terrain.
Les sanctions, imposées par les États-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni, visent principalement des responsables militaires et des entités économiques liées aux deux camps. Elles incluent le gel des avoirs et l'interdiction de voyager pour plusieurs hauts gradés, ainsi que des restrictions sur le commerce de l'or et des armes. Cependant, comme le souligne une analyse récente, ces mesures interviennent tardivement et risquent de ne pas avoir l'effet escompté, car les réseaux financiers des factions armées sont déjà profondément enracinés dans l'économie informelle et les circuits parallèles.
Le conflit, qui a éclaté en avril 2023, a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de huit millions de personnes, selon les Nations unies. Les combats se concentrent désormais autour de Khartoum, la capitale, et dans la région du Darfour, où les FSR ont pris le contrôle de plusieurs villes stratégiques. La communauté internationale, bien que condamnant les violences, semble impuissante face à l'ampleur de la crise humanitaire. Les hôpitaux sont détruits, les réserves alimentaires s'épuisent, et l'accès à l'eau potable est devenu un luxe pour des millions de Soudanais.
Les critiques des sanctions ne se limitent pas à leur efficacité. De nombreux experts estiment qu'elles manquent de ciblage précis et qu'elles pourraient même aggraver la situation en renforçant la position des chefs de guerre. En effet, en isolant davantage le Soudan du système financier international, ces mesures risquent de pousser les belligérants à intensifier leur exploitation des ressources naturelles, comme l'or et le pétrole, pour financer leurs opérations. Par ailleurs, les sanctions ne touchent pas directement les réseaux de soutien régionaux, notamment ceux impliquant les Émirats arabes unis et d'autres pays du Golfe, qui continueraient d'armer les FSR selon des rapports de l'ONU.
Le général Al-Burhan, qui dirige le Conseil de souveraineté de transition, a rejeté les sanctions en les qualifiant d'« ingérence étrangère ». Dans un discours récent, il a appelé la population à l'unité nationale face à ce qu'il considère comme une tentative de déstabilisation du pays. De son côté, Hemedti, qui contrôle une grande partie des mines d'or du Darfour, a utilisé sa richesse pour acheter des armes et recruter des combattants, y compris des mercenaires étrangers. Les pourparlers de paix, menés sous l'égide de l'Arabie saoudite et des États-Unis, n'ont abouti à aucun cessez-le-feu durable, chaque camp exigeant des conditions inacceptables pour l'autre.
La situation humanitaire est catastrophique. Selon le Programme alimentaire mondial, près de 18 millions de Soudanais souffrent d'insécurité alimentaire aiguë, un chiffre qui pourrait augmenter si les combats se poursuivent. Les organisations humanitaires peinent à accéder aux zones les plus touchées en raison de l'insécurité et des obstacles bureaucratiques imposés par les deux parties. Les Nations unies ont lancé un appel de fonds de 2,7 milliards de dollars pour répondre aux besoins urgents, mais seuls 30 % de cette somme ont été réunis à ce jour.
Dans ce contexte, les sanctions internationales apparaissent comme une réponse insuffisante face à une crise qui exige une action diplomatique et humanitaire plus robuste. Les observateurs appellent à une stratégie globale incluant un embargo sur les armes, un soutien accru aux initiatives de paix locales, et une pression concertée sur les alliés régionaux des belligérants. Sans ces mesures, le Soudan risque de sombrer dans un conflit prolongé, avec des conséquences désastreuses pour la région tout entière.



