La France du football s'apprête à vivre un moment historique. Zinédine Zidane, icône mondiale du ballon rond et triple vainqueur de la Ligue des champions comme entraîneur du Real Madrid, doit être nommé sélectionneur de l'équipe de France ce mardi matin. Cette annonce, attendue depuis des mois, plonge le pays dans une forme de vertige collectif mêlé d'excitation, mais aussi de nombreuses interrogations. Le prestige immense de « Zizou » sera-t-il un atout ou un fardeau? Réussira-t-il là où d'autres légendes ont parfois échoué?
Pour tenter de répondre, les observateurs se tournent vers les précédents historiques. Seuls quelques joueurs mythiques ont tenté l'aventure sur le banc de leur sélection nationale: Michel Platini en France, Franz Beckenbauer en Allemagne, Diego Maradona en Argentine et Marco van Basten aux Pays-Bas. Le cas de Platini, nommé en novembre 1988, est le plus proche de ce qui attend Zidane, du moins en termes de prestige. À l'époque, les Bleus traversaient une période difficile après un Euro raté et un début de campagne de qualification pour le Mondial 1990 marqué par un match nul face à Chypre. Platini, triple Ballon d'or, a été installé presque malgré lui, dans ce que l'on a appelé le « putsch de la Toussaint », orchestré par Claude Bez, Jean-Claude Darmon et Jacques Vendroux. Son arrivée a provoqué un « effet wow » immédiat, comme le raconte l'ancien attaché de presse des Bleus, Philippe Tournon. Mais cet effet ne dure qu'un temps: « Ce n'est pas un passeport pour l'éternité. » Platini, qui venait de prendre sa retraite et n'avait jamais entraîné en club, a brillé dans les qualifications mais a échoué au premier tour de l'Euro 1992, avant de quitter ses fonctions.
Franz Beckenbauer, lui, a réussi un parcours exceptionnel. Champion du monde et d'Europe comme joueur, il a emmené l'Allemagne en finale de la Coupe du monde 1986 avant de la remporter en 1990. Pour l'historien Paul Dietschy, le « Kaiser » symbolisait l'autorité et l'avènement du football médiatique. Il a ouvert la voie à ces anciens grands joueurs devenus sélectionneurs. À l'inverse, Marco van Basten, parachuté à la tête des Pays-Bas après n'avoir dirigé que les jeunes de l'Ajax, n'a pas réussi à imposer sa vision tactique innovante. Son bilan est mitigé: élimination en huitièmes de finale du Mondial 2006 puis en quarts de l'Euro 2008. Pour Julien Müller, co-auteur du livre « Légendes du football – Équipe de France », la difficulté pour un génie du ballon à transmettre ses idées est l'une des clés. Les meilleurs entraîneurs, ceux qui font passer un cap tactique, étaient souvent d'excellents joueurs, mais rarement des légendes, à l'exception notable de Johan Cruyff, dont les désaccords avec la Fédération néerlandaise ont empêché la prise de fonction.
Zidane, lui, a déjà prouvé sa valeur sur le banc du Real Madrid avec deux Ligas et trois Ligues des champions consécutives (2016, 2017, 2018). Son style est décrit comme pragmatique plutôt que tacticien ou idéologue. Cette capacité à gérer un groupe de stars et à créer une dynamique positive pourrait être un atout face aux défis qui attendent les Bleus. Reste à savoir comment il s'adaptera à la gestion d'une équipe nationale sur des périodes de compétition intense, un exercice très différent du football de club. Les précédents de Platini et de van Basten montrent que le charisme ne suffit pas toujours. La légende Zidane entre dans une nouvelle ère, avec l'espoir que son aura serve l'équipe de France, mais sans garantie de succès. L'avenir proche, avec les qualifications pour la Coupe du monde 2026, apportera les premières réponses.



