Le sénateur Les Républicains François-Noël Buffet, pressenti pour succéder à Claire Hédon au poste de Défenseur des droits, a tenté de rassurer les députés de la commission des lois de l'Assemblée nationale ce mercredi 15 juillet. Proposé par le président Emmanuel Macron, l'ancien ministre et avocat de formation a promis une « indépendance totale » dans l'exercice de ses futures fonctions, tout en reconnaissant avoir « évolué » sur plusieurs questions sociétales qui suscitent la controverse.
Devant les parlementaires, François-Noël Buffet a insisté sur son parcours professionnel, débuté comme avocat au barreau de Lyon, pour démontrer son attachement aux libertés. « J'ai veillé, tout au long de mon parcours, à ce que les libertés individuelles ou les libertés publiques soient parfaitement respectées », a-t-il assuré, cherchant à dissiper les doutes sur sa capacité à incarner une institution garante des droits fondamentaux.
Cette audition intervient dans un climat tendu, alors qu'une soixantaine d'associations et de syndicats ont dénoncé les « prises de position contraires aux droits fondamentaux » de l'ancien sénateur. Ces organisations, qui regroupent des défenseurs des droits humains, des syndicats et des collectifs féministes, ont exprimé leur vive opposition à sa nomination, pointant du doigt ses positions passées sur des sujets sensibles.
Parmi les critiques les plus virulentes figurent les positions historiques de François-Noël Buffet contre le mariage pour tous, son opposition à l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, ainsi que sa réserve exprimée lors du débat sur l'inscription de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution. Ces éléments ont nourri une hostilité marquée de la part de la gauche, qui voit en lui un candidat peu compatible avec les valeurs de l'institution.
Face à ces accusations, le sénateur a tenté une opération de déminage en affirmant avoir « évolué » sur ces questions. Sans entrer dans le détail de son évolution personnelle, il a cherché à convaincre les députés que son regard sur les droits sociétaux s'était transformé au fil du temps. Cette stratégie, perçue comme un exercice de réhabilitation, a toutefois reçu un accueil mitigé de la part des opposants, qui restent sceptiques quant à la sincérité de ce revirement.
Le poste de Défenseur des droits est une autorité constitutionnelle indépendante chargée de veiller au respect des droits et libertés par les administrations, les entreprises et les services publics. Créée en 2011, l'institution dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur des réclamations, formuler des recommandations et saisir les autorités compétentes. La nomination de son titulaire, proposé par le président de la République, doit être approuvée par les commissions des lois des deux chambres du Parlement, à la majorité des trois cinquièmes.
François-Noël Buffet, âgé de 62 ans, a eu une carrière politique marquée par son ancrage à droite. Élu sénateur du Rhône depuis 2004, il a présidé la commission des lois du Sénat de 2014 à 2020, avant de devenir brièvement ministre des Outre-mer sous le gouvernement de Michel Barnier en 2024. Son profil, jugé trop conservateur par ses détracteurs, contraste avec la tradition d'ouverture de l'institution, qui a été dirigée par des personnalités issues de divers horizons politiques, comme Dominique Baudis ou Jacques Toubon.
L'audition de ce mercredi s'inscrit dans un processus de validation qui pourrait s'avérer délicat. Les députés de la commission des lois doivent désormais se prononcer sur sa candidature, avant un vote en séance publique. Si la majorité présidentielle et Les Républicains semblent favorables à sa nomination, l'opposition de gauche, renforcée par les critiques associatives, pourrait compliquer le parcours du sénateur. Les associations, de leur côté, appellent les parlementaires à rejeter une candidature qu'elles jugent incompatible avec les missions de défense des droits fondamentaux.
En attendant la décision finale, François-Noël Buffet devra encore convaincre au-delà de son camp politique. Son engagement à garantir une « indépendance totale » et son évolution revendiquée sur les questions sociétales seront scrutés de près, alors que l'institution du Défenseur des droits est régulièrement sollicitée sur des dossiers sensibles, allant des discriminations aux droits des migrants, en passant par la protection de l'enfance.



