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vendredi 14 août 2026

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Dire « non merci » au travail devient presque plus rare que disparaître
Resume Genius / Pexels

Société

Dire « non merci » au travail devient presque plus rare que disparaître

Le ghosting touche désormais les entretiens et même les offres d’emploi. Les données américaines montrent que candidats et entreprises entretiennent ensemble cette culture du silence.

On peut quitter un groupe de discussion, ignorer un match sur une appli et laisser un message sans réponse. Le même réflexe s’est installé dans la recherche d’emploi. Certains candidats s’évanouissent après un entretien ou une offre, et certaines entreprises ne donnent plus signe de vie après avoir demandé des heures d’effort. Le recrutement adopte ainsi les codes les moins élégants de la vie numérique.

NumberBarn a interrogé 1 510 personnes dans les 30 plus grandes métropoles américaines en janvier 2025. 41 % des répondants de la génération Z ont reconnu avoir déjà ghosté un employeur potentiel pendant un recrutement ou un entretien. Les Millennials suivent à 37 %, devant la génération X à 26 % et les baby-boomers à 22 %.

Le chiffre de 41 % ne concerne pas uniquement les offres déjà acceptées. Une autre enquête mesure précisément ce moment. Resumeorg a interrogé 1 115 responsables du recrutement aux États-Unis en juin 2025. 54 % d’entre eux disent avoir déjà été ghostés par un candidat de la génération Z après avoir formulé une offre. Le chiffre parle des recruteurs ayant vécu cette situation, pas de 54 % des jeunes candidats.

Parfois, la personne avait même dit oui. Les responsables interrogés racontent des candidats qui ne terminent pas les documents, ne viennent pas le premier jour ou cessent de répondre peu après leur arrivée. Dans un monde où l’on peut candidater à plusieurs dizaines de postes en quelques clics, le « oui » n’est plus toujours vécu comme un engagement définitif.

Les motifs sont souvent moins dramatiques que le comportement. Dans l’enquête NumberBarn, 49 % des candidats ayant ghosté une entreprise avaient reçu une autre offre. 28 % avaient perdu leur intérêt pour le poste. Mais 61 % de l’ensemble des répondants disent aussi avoir eux-mêmes été ghostés par un employeur potentiel.

C’est là que l’histoire devient moins générationnelle. Business Insider a décrit des jeunes Américains envoyant des centaines de candidatures et passant parfois plusieurs tours d’entretiens sans obtenir de réponse claire. Après suffisamment de silences, il devient plus facile de considérer chaque processus comme provisoire et remplaçable.

On ne peut pas conclure scientifiquement que les entreprises ont enseigné le ghosting aux jeunes travailleurs. Les enquêtes ne démontrent pas ce lien de cause à effet. Elles montrent en revanche que la qualité de la communication compte. En 2023, 54 % des employeurs américains interrogés par Indeed estimaient qu’une meilleure communication et davantage de transparence pourraient limiter le ghosting, et 43 % voulaient raccourcir les recrutements.

Les candidats, eux, parlaient de rémunération, de fourchettes salariales claires et de meilleurs avantages. Autrement dit, répondre ne suffit pas si l’offre n’est pas compétitive, mais le silence n’aide jamais.

Le geste le plus moderne pourrait finalement être le plus simple : fermer la conversation. Un « j’ai accepté ailleurs » ou un « nous poursuivons avec une autre personne » évite des jours d’attente. Dans une culture qui rend la disparition facile, quelques mots redeviennent une forme de respect visible.

Julie Fontaine

Auteur

Journaliste société

Julie Fontaine couvre pour Reel Pink l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.