La commission d'appel de la Fédération internationale de football association (Fifa) a jugé « irrecevable » le recours déposé par la Belgique contre la suspension du carton rouge reçu par l'attaquant américain Folarin Balogun. Cette décision, annoncée quelques heures avant le coup d'envoi du huitième de finale entre les États-Unis et la Belgique, met fin à une semaine de polémique autour d'une intervention directe du président américain Donald Trump auprès du président de la Fifa, Gianni Infantino.
L'affaire a débuté lors du seizième de finale de la Coupe du monde, lorsque Balogun a été expulsé pour un geste jugé dangereux sur un joueur de la Bosnie-Herzégovine. Le carton rouge, qui devait le priver du match suivant, a été annulé de manière surréaliste après un coup de fil de Donald Trump à Gianni Infantino. La Fifa a alors suspendu la sanction, permettant à Balogun de rester disponible pour la rencontre contre la Belgique, prévue dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 juillet.
Cette ingérence politique a provoqué une onde de choc dans le monde du football. La Belgique, par l'intermédiaire de sa fédération, a immédiatement contesté l'éligibilité de Balogun, dénonçant une violation des règles de l'instance mondiale. « Si un chef d'État interfère dans les règles de la Fifa, cela crée un précédent dangereux », a déclaré un porte-parole de l'Union belge. Le recours, déposé en urgence, a été examiné par la commission d'appel de la Fifa, qui l'a rejeté sans entrer dans le fond, le jugeant irrecevable sur le plan procédural.
Folarin Balogun, 25 ans, est devenu le visage du renouveau du football américain. Né à New York de parents nigérians, il a fait ses classes en Angleterre, à Arsenal, avant de rejoindre l'AS Monaco en 2023. Buteur prolifique, il a choisi de représenter les États-Unis plutôt que le Nigeria ou l'Angleterre, devenant rapidement le leader offensif de la sélection. Lors de cette Coupe du monde, il est le meilleur buteur américain, avec trois réalisations, et incarne l'espoir d'un pays qui rêve de briller sur la scène mondiale.
L'intervention de Donald Trump, qui a personnellement téléphoné à Gianni Infantino pour plaider la cause de Balogun, a été largement critiquée. De nombreux observateurs y voient une ingérence politique inacceptable dans le sport. « C'est un coup d'État contre le football », a titré un commentateur sportif, dénonçant la docilité de la Fifa face au président américain. D'autres rappellent que Trump, fervent amateur de football américain, a toujours eu un rapport distant avec le soccer, mais que cette Coupe du monde, organisée aux États-Unis, a ravivé son intérêt pour le ballon rond.
La Fifa, de son côté, a justifié sa décision en invoquant des motifs techniques. Selon l'instance, le carton rouge de Balogun avait été infligé à la suite d'une erreur d'appréciation de l'arbitre, et la suspension a été levée après révision des images. Cependant, la chronologie des faits — le coup de fil de Trump précédant la décision — a alimenté les soupçons de favoritisme. Gianni Infantino, qui entretient des relations étroites avec plusieurs chefs d'État, s'est retrouvé au cœur d'une tempête médiatique.
Pour la Belgique, cette affaire est une double injustice. Non seulement elle doit affronter un joueur qu'elle estimait suspendu, mais elle voit aussi ses chances de qualification compromises. Les Diables Rouges, demi-finalistes de la précédente édition, comptent sur leur expérience pour contrer la fougue américaine. « Nous allons jouer notre football, avec ou sans Balogun », a déclaré le sélectionneur belge, tentant de minimiser l'impact de la polémique.
Au-delà du cas particulier, cette affaire soulève des questions fondamentales sur l'indépendance des instances sportives. La Fifa, déjà critiquée pour son manque de transparence, voit sa crédibilité entamée. « Si un chef d'État peut faire annuler une sanction en un coup de fil, à quoi servent les règles? », s'interroge un juriste spécialisé en droit du sport. La Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, était jusqu'ici saluée pour son organisation et son fair-play. Ce scandale risque de ternir son image.
Folarin Balogun, lui, se prépare à fouler la pelouse sous les sifflets attendus des supporters belges. Conscient de la controverse, il a évité de commenter l'intervention de Trump, se contentant de déclarer: « Je suis concentré sur le match. Je veux aider mon équipe à gagner. » Son entraîneur, Gregg Berhalter, a défendu son joueur, estimant qu'il n'était pas responsable de la décision de la Fifa. « Folarin est un professionnel. Il n'a rien demandé. Il a juste été victime d'une erreur arbitrale, puis réintégré selon les règles », a-t-il plaidé.
La rencontre entre les États-Unis et la Belgique, prévue à 2 heures du matin (heure française), promet d'être électrique. Au-delà de l'enjeu sportif, elle sera scrutée comme un test pour la gouvernance du football mondial. Si Balogun marque, le débat sur l'ingérence politique risque de rebondir avec encore plus de vigueur. En attendant, la Belgique a annoncé qu'elle pourrait saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour contester la décision de la Fifa, prolongeant ainsi une affaire qui ne cesse de prendre de l'ampleur.



