Alors que la Coupe du monde 2026 dispute ses huitièmes de finale, le football africain a déjà perdu plusieurs de ses représentants les plus prometteurs. L'ancien capitaine du RC Strasbourg et international malien Cédric Kanté, aujourd'hui consultant pour Canal+ Afrique, estime que l'absence d'une équipe africaine en quarts de finale constituerait un échec retentissant. « Sans équipe africaine en quarts, on serait très loin du compte », a-t-il déclaré à 20 Minutes, au lendemain du spectaculaire Belgique-Sénégal (3-2 après prolongation).

En l'espace de deux soirées, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo et le Sénégal ont tous été éliminés en encaissant un but à la 86e minute. Pour Kanté, ces trois défaites relèvent de scénarios très différents. La RDC, qui avait ouvert le score très tôt face à l'Angleterre (7e), a fini par céder face à une équipe supérieure, portée par un Harry Kane décisif. « Cette fin de rencontre est à la fois cruelle et presque sans regret, tant il y avait plus fort en face », analyse-t-il, jugeant cette élimination justifiée, contrairement à celles de la Côte d'Ivoire et du Sénégal.

La contre-performance ivoirienne face à la Norvège (1-2) interpelle particulièrement. Les champions d'Afrique en titre, qui avaient déjà déçu lors de la dernière Coupe d'Afrique des Nations, ont dominé les débats sans parvenir à tuer le match. Kanté pointe le rendement irrégulier de Yan Diomandé et d'Ange-Yoan Bonny, attendus comme des leaders offensifs. « Diomandé est moins efficace depuis qu'on parle autant de lui, et les adversaires s'adaptent », observe-t-il. Il évoque aussi un problème de riches: l'arrivée de stars comme Bonny et Elye Wahi oblige le staff à modifier constamment la composition, au détriment de la cohésion collective. « La Côte d'Ivoire a peut-être aussi manqué de maturité », ajoute-t-il, rappelant que cela fait deux désillusions majeures en peu de temps.

Le cas du Sénégal est encore plus emblématique. Menant 2-0 à la 85e minute face à la Belgique, les Lions de la Téranga ont totalement craqué, encaissant deux buts en fin de match avant de s'incliner en prolongation. Kanté voit dans cette déroute le symptôme d'une gestion d'effectif mal maîtrisée. « Quand vous n'avez que des joueurs de Ligue des champions, les jeunes staffs se sentent obligés de faire vivre leur groupe », explique-t-il. Le sélectionneur Pape Thiaw, très critiqué au Sénégal, a procédé à des changements dès la 66e minute, sortant Pape Gueye, pourtant meilleur sur le terrain, au profit de Lamine Camara. « On se dit que s'il rentre, il ne va pas y avoir de baisse de niveau, mais l'équipe a perdu le fil à ce moment-là », regrette Kanté.

L'ancien défenseur central, qui a participé à deux CAN avec le Mali, s'interroge sur la maturité tactique des sélections africaines. « La Côte d'Ivoire et le Sénégal ne sont pas forcément des équipes habituées à passer des tours en Coupe du monde », rappelle-t-il. Il évoque un possible « aspect émotionnel », une tendance à perdre le fil en cours de match, qui expliquerait ces retournements de situation. « J'ai encore du mal à comprendre comment ces deux équipes, clairement au-dessus, peuvent être dehors aujourd'hui », confesse-t-il.

Kanté réserve également des critiques acerbes au sélectionneur belge Rudi Garcia, dont les déclarations après la victoire sur le Sénégal lui paraissent « au mieux maladroites ». Garcia avait notamment évoqué « ces équipes-là » qui « perdent leur structure tactique vers la fin du match ». « Un peu d'humilité de sa part, ça aurait été pas mal », rétorque Kanté. « Il a eu énormément de réussite dans cette victoire. OK, il a fait les changements qu'il fallait, mais ça veut dire quoi? Qu'il a mal travaillé pendant 80 minutes et que c'est devenu un génie à la fin du match? »

Malgré ces désillusions, Kanté appelle à ne pas surinterpréter les résultats. Il note que le football africain progresse, comme en témoigne la performance de la RDC face à l'Angleterre ou la bonne entrée du piston du Racing Strasbourg, Diego Moreira, côté belge. Mais il insiste sur la nécessité de tirer les leçons de ces échecs pour les prochaines échéances. « Il va falloir réfléchir à ces défaites pour l'Afrique subsaharienne », conclut-il, tout en espérant qu'au moins une nation du continent parvienne à se hisser en quarts de finale de ce Mondial 2026.

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Reporter sport

Laurent Tessier couvre pour Reel Pink l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.