L'ambiance était à la fête, mais elle a viré au cauchemar. Ce mardi 14 juillet, jour de fête nationale, les supporters de l'équipe de France de football espéraient célébrer une qualification pour la finale de la Coupe du monde 2026. Mais la défaite sèche 2-0 face à l'Espagne en demi-finale a douché tous les espoirs, transformant les rues des stations balnéaires et les bars en lieux de silence et de désolation.

À Canet-en-Roussillon, dans les Pyrénées-Orientales, la rue de la Soif s'est vidée sans un bruit après le coup de sifflet final. « On n'a même pas vibré », a regretté Sébastien, 45 ans, interrogé par nos confrères de 20 Minutes. « Le Portugal en 2016, il y avait eu le poteau de Gignac, en 2022, le triplé de Mbappé. Là… rien. » Une atmosphère de cimetière a remplacé les chants et les embrassades habituels dans cette station balnéaire pourtant réputée pour sa ferveur footballistique.

Pourtant, avant le match, l'optimisme était de mise. Dimitri, 32 ans, ne doutait pas de la victoire: « On a la meilleure équipe, les Avengers en attaque, on va broyer l'Espagne. » Il avait déjà prévu de célébrer la qualification par un bain de minuit avec ses amis. Mais trois heures plus tard, la réalité a été cruelle: les Bleus ont subi une domination à sens unique, sans aucune occasion franche, et les supporters sont rentrés chez eux la tête basse.

La déception a été d'autant plus grande que ce match tombait le jour de la fête nationale, un symbole fort pour les Français. « Les vacances sont gâchées, je nous voyais déjà soulever la Coupe », a confié Julie, la vingtaine. « Je m'étais rarement autant attachée à une équipe de France. C'est triste que ça termine ainsi, ça ternit toute la compétition. » Pour beaucoup, les activités prévues — visite du village de Collioure, tour en bateau, après-midi à la plage — semblaient bien dérisoires après cette désillusion.

Les discours post-défaite ont fusé dans tout le pays, de Paris à Lyon en passant par Canet. Les accusations ont visé l'arbitrage, le sélectionneur Didier Deschamps jugé trop défensif, ou encore le manque de révolte des joueurs. « Depuis douze ans, la France produit des Griezmann, des Mbappé, des Pogba, des Kanté, des Varane, des Olise, des Dembélé… Tous parmi les meilleurs joueurs que l'on ait eus, et pour quoi? Une seule Coupe du monde », a philosophé Martin, un supporter. « J'ai peur qu'un jour, on regrette toutes ces cartouches manquées. On n'aura pas toujours de tels effectifs. C'était peut-être notre dernière vraie chance d'être champion. »

Pour les plus jeunes, cette défaite a été une première peine de cœur footballistique. Dylan, 8 ans, inconsolable, a déversé ses sanglots sur tous les passants. Son père a tenté de le raisonner, lui rappelant que ce n'était que du football et qu'il restait une petite finale à jouer. Mais rien n'y faisait, jusqu'à ce que le papa ait l'idée d'acheter des churros au double supplément Nutella. Les larmes ont alors peu à peu laissé place à un sourire, un reliquat de vacances sauvé par le sucre.

Au-delà de la tristesse, certains supporters redoutent le pire: « Imaginez que ce soit l'Argentine qui soit championne du monde. Là, ce serait carrément les pires vacances de ma vie », a lancé Léa, qui repartait le lendemain après un pont prolongé. « C'est une fin de vacances amères. J'ai adoré la région, mais ça restera le lieu où la France s'est fait fouetter dans mes souvenirs. »

Cette élimination laisse un goût d'inachevé pour une génération dorée du football français, qui n'a remporté qu'un seul titre mondial depuis 2018. Les supporters, eux, devront attendre au moins quatre ans pour espérer voir les Bleus soulever à nouveau la Coupe du monde. En attendant, les vacances d'été se poursuivent, mais avec une mélancolie qui ne s'effacera pas de sitôt.