L’accumulation de décisions controversées de Gianni Infantino pourrait bien finir par lui coûter son poste. Selon plusieurs hauts responsables du football international cités par le média américainPolitico, les dirigeants européens organisent discrètement une opposition en vue de l’élection présidentielle de la FIFA, prévue en mars 2026. Le nom qui revient avec insistance est celui de Nasser al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain et figure influente du football mondial.

Les critiques visent une série de projets lancés par Infantino depuis sa réélection en 2023: une Coupe du monde à 64 équipes, la création d’un Mondial des clubs, un « Prix de la paix » décerné à Donald Trump, ou encore la levée controversée de la suspension du joueur Balogun pendant la Coupe du monde. Mais le déclencheur de la fronde aurait été la révélation d’un projet visant à vendre des droits de la Coupe du monde à des investisseurs privés, dont des proches du président américain. « Les planètes sont alignées », confie un responsable de l’Union européenne àPolitico.

Nasser al-Khelaïfi, également à la tête du groupe beIN Media, a tissé un réseau dense au sein des instances: président de l’European Club Association depuis 2021, membre du comité exécutif de l’UEFA depuis 2019 et représentant des clubs au Conseil de la FIFA depuis 2025. Interrogé parPolitico, son porte-parole a démenti toute ambition pour le poste de président de la FIFA. « Nasser n’a absolument aucune ambition, aucune intention, aucun intérêt pour ce poste », a-t-il déclaré. Mais, dans les cercles du pouvoir, un tel démenti est souvent perçu comme une précaution avant une candidature officielle.

Infantino bénéficie d’un système de vote où chacun des 211 membres dispose d’une voix égale. Ce mécanisme lui assure le soutien des petites fédérations, qu’il a soigneusement cultivé en élargissant la Coupe du monde et en distribuant des fonds de développement. Les confédérations africaine (CAF) et asiatique (AFC) représentent à elles seules 110 voix, soit plus de la moitié de l’électorat. La CAF est d’ailleurs la seule à n’avoir pas critiqué son dernier projet, se contentant de promettre de « l’examiner ». L’AFC et la Concacaf ont regretté un manque de concertation, mais sans aller jusqu’à remettre en cause le président.

L’opposition européenne serait d’autant plus déterminée que le mode d’élection actuel permet à un candidat seul en lice d’être élu par acclamation — comme Infantino en 2023. La présentation d’un adversaire contraindrait le président sortant à faire campagne, à exposer ses idées et à se soumettre à un vote démocratique véritable. Au premier tour, les deux tiers des suffrages exprimés sont requis; au second, une majorité simple suffit.

Face à la grogne, Infantino a publié une vidéo mercredi soir pour défendre son projet, le présentant comme « une proposition, une opportunité, mais pas une obligation ». Il a insisté sur le caractère démocratique du processus. Mais le temps presse pour ses adversaires: il ne reste que huit mois pour convaincre 211 fédérations. L’ancien président du comité de gouvernance de la FIFA, Miguel Maduro, estimait pendant la Coupe du monde qu’une révolte était improbable, soulignant que « la FIFA génère des revenus colossaux, et cet argent est utilisé en partie pour récompenser les fédérations loyales ».

L’élection de mars 2026 s’annonce comme un test de la capacité du football mondial à se réformer. Que Nasser al-Khelaïfi soit ou non le candidat choisi, l’émergence d’une opposition crédible marquerait une rupture avec la gouvernance souvent critiquée de Gianni Infantino. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si la fronde européenne parviendra à transformer la grogne en véritable alternative.