La capitale ukrainienne a subi dans la nuit de mercredi à jeudi l'attaque la plus massive depuis le début de la guerre en février 2022. Des centaines de drones et des dizaines de missiles russes ont pilonné Kiev pendant onze heures d'alerte aérienne ininterrompue, provoquant la mort d'au moins 21 personnes et faisant 85 blessés, selon un bilan encore provisoire. Des immeubles résidentiels se sont effondrés, plongeant la ville dans ce que les autorités locales décrivent comme un « cauchemar total ».
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réagi avec fermeté, dénonçant une stratégie délibérée de Moscou visant à contraindre l'Ukraine à renoncer à son État. « La Russie frappe des cibles civiles uniquement pour creuser un fossé entre la société civile et l'armée. C'est sur cela qu'elle a misé pendant toute la durée de la guerre. Ça n'arrivera pas », a-t-il déclaré, assurant que Kiev riposterait « assurément ». Le risque d'escalade est d'autant plus élevé que Moscou a annoncé son intention de « continuer à augmenter la pression » sur le terrain.
Cette attaque survient dans un contexte de pression militaire ukrainienne sur les lignes russes et d'isolement diplomatique croissant de Vladimir Poutine. Selon des analystes, le président russe, acculé, durcit sa stratégie pour ne pas perdre la face. Les frappes massives sur Kiev pourraient marquer un tournant dans le conflit, qui dure depuis plus de quatre ans, et suscitent des inquiétudes quant à une nouvelle escalade, notamment avec l'implication potentielle de puissances étrangères.
Du côté américain, la réaction ne s'est pas fait attendre. Donald Trump, qui s'était jusqu'alors peu exprimé sur le conflit russo-ukrainien, concentré sur le Moyen-Orient, a fait savoir par un responsable américain qu'il souhaitait « que cette guerre prenne fin et que cessent les tueries insensées ». Cette déclaration marque un changement de ton notable, alors que les États-Unis continuent de fournir une aide militaire à Kiev, mais dans un contexte politique intérieur tendu.
Les conséquences de l'attaque se font sentir bien au-delà du champ de bataille. Une maison d'édition ukrainienne, BookChef, a annoncé avoir perdu environ 800 000 livres dans l'incendie de son entrepôt principal, détruit par les frappes russes. « La majorité de notre tirage a été perdue », a indiqué l'entreprise dans un communiqué, précisant que tous ses employés étaient sains et saufs. Ce sinistre illustre l'impact dévastateur du conflit sur le patrimoine culturel et économique du pays.
Par ailleurs, la marine française a autorisé le pétrolier Tagor, arraisonné dans l'Atlantique pour suspicion de transport de pétrole russe sous faux pavillon, à lever l'ancre après le versement d'une amende d'un million d'euros. Ce navire, qui fait partie de la flotte fantôme russe, est sous sanctions des États-Unis et de l'Union européenne. Son arraisonnement, le 31 mai, à plus de 400 milles nautiques à l'ouest de la Bretagne, avait été une opération rare de la marine française contre les contournements des sanctions.
Alors que le conflit entre dans son 1589e jour, la communauté internationale observe avec attention les développements. L'attaque sur Kiev, la plus meurtrière depuis des mois, pourrait entraîner une réponse ukrainienne plus musclée, tandis que les appels à la désescalade se multiplient. Les prochains jours seront décisifs pour déterminer si cette frappe marque un pic de violence ou le début d'une nouvelle phase encore plus dangereuse du conflit.



