Iker Casillas, légende du football espagnol et champion du monde en 2010, garde un souvenir amer de la Coupe du monde 2002, coorganisée par le Japon et la Corée du Sud. Dans un entretien accordé àL'Équipe, l'ancien gardien du Real Madrid est revenu sur l'élimination surprise de la Roja en quarts de finale face à la Corée du Sud, pays hôte, au terme d'un match marqué par des décisions arbitrales controversées (0-0, 5-3 aux tirs au but). Pour Casillas, ce Mondial a révélé ce qu'il qualifie de « véritable conspiration contre les équipes européennes ».

« Cette Coupe du monde a beaucoup marqué le monde du football, confie-t-il. Je crois qu'elle a sérieusement ébranlé les instances arbitrales et tout ce qui peut se passer en coulisses dans le choix des arbitres et leurs décisions. » L'Espagne n'a pas été la seule nation européenne à se plaindre. L'Italie, éliminée en huitièmes de finale par la Corée du Sud, et le Portugal, battu au premier tour par le même adversaire, ont également dénoncé des arbitrages défavorables. « Pour moi, il y a eu une véritable conspiration contre les équipes européennes, insiste Casillas. Enfin, appelez ça comme vous voulez, toujours est-il que je crois que l'image de la Fifa a été sérieusement écornée par ce Mondial. »

Les projecteurs s'étaient notamment braqués sur l'arbitre équatorien Byron Moreno, qui officiait lors du match entre l'Italie et la Corée du Sud. Accusé de partialité, Moreno avait alors déclaré dans les colonnes du quotidien italienLa Gazzetta dello Sport: « Le seul argent que j'ai reçu a été celui de la Fifa. 22.500 dollars, mon salaire en qualité d'arbitre central. » Ses dénégations n'avaient pas convaincu les Italiens, qui estimaient avoir été victimes d'erreurs grossières, notamment l'expulsion jugée sévère de Francesco Totti et un but refusé à Damiano Tommasi pour une position de hors-jeu contestable.

Le contexte de la Coupe du monde 2002 reste unique dans l'histoire du football. Pour la première fois, le tournoi se déroulait en Asie, et les deux pays hôtes, le Japon et la Corée du Sud, bénéficiaient d'un soutien populaire immense. La Corée du Sud, portée par un engouement national sans précédent, avait créé la surprise en atteignant les demi-finales, une performance jamais égalée par une équipe asiatique. Cependant, les polémiques arbitrales ont jeté une ombre sur ce parcours. Outre les matches contre l'Italie et l'Espagne, le huitième de finale entre la Corée du Sud et l'Italie avait été marqué par l'expulsion de Totti et un penalty accordé aux Sud-Coréens en prolongation, transformé par Ahn Jung-hwan.

Pour Casillas, qui n'avait que 21 ans à l'époque et disputait sa première Coupe du monde, cette expérience a été formatrice. « C'était une leçon, a-t-il expliqué. On apprend que le football n'est pas toujours juste, que des décisions extérieures peuvent influencer le cours d'un match. » L'ancien gardien, qui a remporté la Coupe du monde en 2010 avec l'Espagne, a également connu d'autres désillusions en 2006 et 2014, mais celle de 2002 reste la plus marquante en raison des circonstances.

Les accusations de Casillas relancent le débat sur l'intégrité des compétitions internationales. Depuis 2002, la Fifa a mis en place des réformes pour améliorer la transparence des désignations arbitrales, notamment l'introduction de l'assistance vidéo à l'arbitrage (VAR) à partir de 2018. Cependant, pour beaucoup, le souvenir de ce Mondial reste une tache dans l'histoire de l'instance. « L'image de la Fifa a été sérieusement écornée », répète Casillas, qui estime que les décisions de 2002 ont eu un impact durable sur la perception du football mondial.

Vingt-quatre ans après les faits, les déclarations de l'ancien capitaine de la Roja rappellent que les polémiques arbitrales continuent de diviser les supporters et les acteurs du football. Si la Corée du Sud a défendu son parcours en invoquant le mérite sportif, les témoignages de joueurs comme Casillas maintiennent vivace la thèse d'une partialité en faveur du pays hôte. Pour l'Espagne, cette élimination reste un traumatisme, d'autant que l'équipe de José Antonio Camacho avait montré un jeu séduisant tout au long du tournoi.

Au-delà du cas particulier de 2002, les propos de Casillas interrogent sur les mécanismes de pouvoir au sein du football international. « Il faut que les instances soient plus transparentes, conclut-il. Les joueurs et les supporters méritent des compétitions où seul le sport prime. » Un message qui résonne encore aujourd'hui, alors que la Coupe du monde 2026, qui se déroule aux États-Unis, au Canada et au Mexique, tente de tourner la page des controverses passées.