Les 55 fédérations membres de l'UEFA ont brandi jeudi 30 juillet une menace sans précédent: boycotter les prochaines Coupes du monde et l'ensemble des compétitions organisées par la Fifa si le projet de cette dernière d'ouvrir son capital à des investisseurs privés aboutit. Ce vote, qualifié d'« unanime » par l'instance européenne, constitue l'opposition la plus ferme jamais exprimée par le football européen face aux réformes économiques engagées par le président de la Fifa, Gianni Infantino.
Le bras de fer entre les deux institutions a brusquement franchi un nouveau palier. Mardi 28 juillet, lors d'une réunion avec les confédérations, Gianni Infantino avait dévoilé son intention de céder une partie des droits commerciaux et des parts d'une filiale dédiée à l'organisation des tournois mondiaux à des fonds d'investissement extérieurs. Cette annonce a provoqué un tollé général parmi les fédérations nationales, qui y voient une privatisation déguisée du football international et une perte de contrôle des instances dirigeantes sur le sport roi.
L'UEFA a immédiatement convoqué une réunion d'urgence de ses 55 membres. À l'issue de cette session, la menace de boycott a été adoptée à l'unanimité. Dans son communiqué, l'instance basée à Nyon a précisé que cette décision s'applique « à toutes les compétitions de la Fifa, y compris les Coupes du monde masculine et féminine », et qu'elle entrera en vigueur dès que le projet d'infantino sera concrétisé. Les fédérations européennes estiment que ce plan menace l'indépendance de la gouvernance footballistique et risque de soumettre les décisions sportives à des intérêts purement financiers.
Ce n'est pas la première fois que l'UEFA exprime son opposition aux projets économiques de la Fifa. Depuis plusieurs années, les tensions sont vives autour de la répartition des revenus des compétitions internationales, du calendrier surchargé et des réformes de la gouvernance. Mais le seuil de cette menace de boycott marque une escalade inédite dans l'histoire du football mondial. Jamais une confédération continentale n'avait envisagé de se retirer de la compétition phare du sport planétaire.
Le projet de la Fifa, baptisé en interne « Fifa+ », prévoit la création d'une filiale distincte qui gérerait les droits marketing, de diffusion et de billetterie des Coupes du monde. Une partie du capital de cette entité serait cédée à des fonds d'investissement internationaux, en échange d'un apport financier massif. Infantino justifie cette démarche par la nécessité de moderniser l'organisation et de générer des ressources supplémentaires pour financer le développement du football dans les pays émergents. Mais les détails du projet, qui n'ont pas été rendus publics, suscitent de vives inquiétudes quant à la transparence et au contrôle futur des décisions sportives.
Les réactions ne se sont pas fait attendre au sein du monde footballistique. Plusieurs dirigeants de clubs et de ligues européennes ont salué la position de l'UEFA, estimant que le football ne doit pas devenir une marchandise négociable en Bourse. En revanche, certaines fédérations d'Afrique, d'Asie et des Amériques, qui dépendent davantage des subsides de la Fifa, ont exprimé leur soutien au projet d'Infantino, y voyant une opportunité de développement pour leurs ressources. La Fifa, de son côté, n'a pas encore officiellement réagi à la menace de boycott, mais des sources internes indiquent que l'organisation tentera de trouver une médiation avec l'UEFA.
Les conséquences d'un tel boycott seraient considérables. La Coupe du monde masculine 2026, qui se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique, est déjà programmée avec 48 équipes. Une absence des nations européennes, qui comptent parmi les sélections les plus fortes et les plus médiatisées, dénaturerait la compétition et entraînerait une perte de revenus colossale pour la Fifa. De plus, les diffuseurs et sponsors internationaux, qui ont signé des contrats milliardaires, pourraient réclamer des garanties ou exercer des pressions sur l'instance mondiale.
Par ailleurs, ce conflit intervient dans un contexte déjà tendu par la multiplication des compétitions internationales, la fatigue des joueurs et les critiques répétées sur le calendrier. Plusieurs syndicats de footballeurs ont pris position contre la dérive commerciale du football et ont appelé à une meilleure redistribution des richesses. L'UEFA, forte de son poids politique et économique, espère faire reculer la Fifa sur ce dossier sensible. Le prochain congrès de la Fifa, prévu en septembre, sera une échéance clé pour évaluer l'évolution du projet et les possibilités de compromis.
En attendant, la menace de boycott reste un avertissement ferme adressé à Gianni Infantino. Les 55 nations européennes ont démontré leur unité face à ce qu'elles considèrent comme une atteinte à l'intégrité du football mondial. Reste à savoir si cette opposition unanime suffira à infléchir la position de la Fifa ou si elle mènera à une fracture historique dans l'histoire du sport.



