À trois jours du choc tant attendu entre la France et l'Espagne en demi-finale de la Coupe du monde 2026, une polémique d'une rare virulence a éclaté après la publication d'une tribune de l'ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy. Dans ce texte paru samedi soir dans le média conservateurEl Debate, l'ancien chef du gouvernement (Parti populaire) a salué le niveau de l'équipe de France, tout en affirmant qu'elle ne compterait « aucun joueur français » dans ses rangs. Une déclaration immédiatement qualifiée de raciste par de nombreuses personnalités politiques françaises, tous bords confondus.

« La France dispose, en outre, d'un effectif de très haut niveau, toutefois sans Français », a écrit Mariano Rajoy dans sa tribune, dont un extrait a été relayé sur le réseau social X. Ces propos, tenus à quelques jours d'une rencontre sportive majeure, ont provoqué une onde de choc bien au-delà du monde du football. Ils interviennent dans un contexte déjà tendu, après les insultes racistes subies par Kylian Mbappé de la part d'une sénatrice paraguayenne quelques jours plus tôt.

Les réactions politiques en France ont été immédiates et unanimes. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a vertement répliqué sur X: « L'équipe de France ne comprend que des Français. La France n'est pas une nation ethnique, elle n'a pas de couleur de peau ou de religion. C'est une nation politique rassemblée autour de la devise républicaine. N'en déplaise à la droite raciste. »

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, a lui aussi dénoncé des propos « racistes et crasseux ». « Hier une sénatrice du Paraguay, maintenant l'ancien Premier ministre d'Espagne: ils ne peuvent pas s'empêcher d'exprimer un racisme crasseux pour tenter d'énerver notre belle équipe de France », a-t-il écrit. Des membres du gouvernement français ont également réagi, fustigeant « une haine méthodique et banalisée » à l'encontre de l'équipe de France, symbole de la diversité républicaine.

La polémique a rapidement enflé sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes et commentateurs ont rappelé que l'équipe de France est composée de joueurs nés en France ou naturalisés, et que la nationalité française est un statut juridique et politique, non une question d'origine ou d'apparence. Plusieurs figures du sport et de la société civile ont souligné que les propos de Mariano Rajoy véhiculaient une vision ethniciste de la nation, incompatible avec les valeurs républicaines françaises.

Mariano Rajoy, qui a été Premier ministre de l'Espagne de 2011 à 2018, n'a pour l'instant pas réagi aux critiques. Sa tribune, intitulée « Aujourd'hui est arrivée la revanche », évoquait également la victoire de l'Espagne contre la Belgique en quart de finale, avec une formule polémique: « Les Belges sont connus comme les Diables Rouges, et je n'aime ni les diables ni les rouges. Ainsi, cette victoire a meilleur goût. »

Cette sortie intervient dans un climat où les propos racistes visant les joueurs de l'équipe de France se multiplient à l'approche des grandes compétitions internationales. En 2022, déjà, des attaques similaires avaient visé des joueurs comme Kylian Mbappé ou Karim Benzema. La Fédération française de football (FFF) n'a pas encore officiellement réagi, mais plusieurs de ses responsables ont condamné des propos « indignes d'un ancien chef d'État ».

Au-delà de la polémique, ce nouvel épisode relance le débat sur le racisme dans le sport et sur l'instrumentalisation politique des sélections nationales. Pour de nombreux observateurs, les propos de Mariano Rajoy illustrent une dérive inquiétante: celle qui consiste à nier la légitimité de joueurs issus de l'immigration à représenter la France, au nom d'une prétendue « pureté » nationale. Une vision que les politiques français, de la gauche à la droite républicaine, ont rejetée avec force.

En attendant le coup d'envoi de la demi-finale, mardi, les Bleus ont reçu un soutien massif de la part de la classe politique et du grand public. Plusieurs messages de solidarité ont été adressés aux joueurs, les appelant à « rester concentrés sur le terrain » et à « faire taire les préjugés par le jeu ». La rencontre s'annonce déjà comme l'un des moments forts de ce Mondial 2026, sur fond de tensions politiques et de crispations identitaires.