Emmanuel Macron est arrivé lundi à Damas pour une visite de deux jours, la première d'un chef d'État français en Syrie depuis 2009. Cette visite historique intervient dans un contexte de reconstruction après treize ans de guerre civile et la chute du régime de Bachar al-Assad fin 2024. Le président français est accompagné d'une délégation d'une dizaine de dirigeants de grandes entreprises françaises, dont ceux de CMA-CGM et de TotalEnergies, Rodolphe Saadé et Patrick Pouyanné.
Le chef de l'État a dîné lundi soir avec le président syrien Ahmad al-Chareh dans un restaurant du centre de Damas, avant de se rendre avec lui à la célèbre mosquée des Omeyyades. Ce mardi, il doit participer à un forum économique consacré à la reconstruction de la Syrie et aux corridors stratégiques. Des signatures d'accords sont prévues, même si les investisseurs se montrent encore timides face aux incertitudes sécuritaires et politiques.
La Syrie veut faire de la France son « premier partenaire », a assuré Ahmad al-Chareh. Cette visite marque un tournant dans les relations entre les deux pays, après des années de rupture diplomatique. La France cherche à renforcer son influence régionale et à soutenir la transition politique en Syrie, tout en favorisant les investissements français dans des secteurs clés comme l'énergie, les transports et la reconstruction.
Un attentat a toutefois ébranlé la visite mardi matin. Deux explosions ont été entendues à proximité de l'hôtel Four Seasons, où le président français a passé la nuit. Le bilan s'élève à dix-huit blessés, dont quatre policiers, selon le ministère syrien de l'Intérieur. Les forces de sécurité ont découvert les bombes, qui ont explosé au moment où elles tentaient de les démanteler. Un premier engin avait été placé dans une benne à ordures, l'autre dans un véhicule à proximité de l'hôtel.
Emmanuel Macron est « sain et sauf », a confirmé l'Élysée. Il avait déjà quitté l'hôtel pour se rendre au palais présidentiel, où il a été aperçu s'entretenant avec son homologue Ahmad al-Chareh. Plus tôt dans la matinée, le président français s'était réuni avec des représentants de la société civile dans cet hôtel. Ces derniers ont été emmenés par la sécurité au garage par mesure de précaution après les deux explosions, a indiqué l'un des participants.
Sur les lieux des attentats, des journalistes ont vu des traces de sang sur le trottoir et des fragments métalliques. Des fenêtres du ministère du Tourisme, situé en face, ont été brisées. Les forces de sécurité, déployées en force, interdisent l'accès à la presse, tandis que des ambulances se sont dirigées vers les lieux. La Syrie ne se laissera pas déstabiliser par les « actes terroristes », a déclaré une source du ministère syrien des Affaires étrangères. Le pays se dirige vers « l'élargissement de ses partenariats internationaux », a ajouté cette source, qui a requis l'anonymat.
Malgré cet incident, le chef de l'État devrait poursuivre normalement sa visite en Syrie, a confirmé l'Élysée. Cette visite est la première d'un dirigeant occidental depuis la chute de Bachar al-Assad et l'arrivée au pouvoir fin 2024 d'une coalition islamiste dirigée par Ahmad al-Chareh. Elle intervient dans un contexte de profonde transformation politique et sécuritaire en Syrie, où la communauté internationale observe avec attention les évolutions.
Les enjeux de cette visite sont multiples. Sur le plan économique, il s'agit de relancer les investissements français dans un pays dévasté par la guerre, où les besoins en reconstruction sont immenses. Sur le plan politique, la France cherche à consolider son rôle de médiateur et à soutenir une transition inclusive. Enfin, sur le plan sécuritaire, l'attentat de mardi rappelle les défis persistants, mais les autorités syriennes et françaises affichent leur détermination à ne pas céder à la violence.



