Le groupe HMLTD dénonce le conformisme et les dangers d’Instagram
Avec son troisième album « Fangs », le quatuor londonien HMLTD fait de la vampire une métaphore de l’emprise des réseaux sociaux et des algorithmes sur la création artistique.
Avec « Fangs », son troisième album, le quatuor londonien HMLTD livre une charge contre les réseaux sociaux et la standardisation de la création. Derrière des récits de cocus, de philosophie allemande et de sacrifice biblique, le disque utilise la figure du vampire pour décrire un homme moderne privé de liberté par les algorithmes et la quête de visibilité.
Le chanteur Henry Spychalski explique que le vampire vit « dans une existence privée d’amour, privée de lumière, privée de toute joie hormis l’addiction à la consommation ». Selon lui, « l’homme moderne est soumis au même rétrécissement ». Le groupe a choisi de rencontrer le magazine NME dans une pâtisserie française du XIXe siècle située au cœur de Soho, à Londres, un lieu qui prolonge sa démarche : Spychalski se revendique « flâneur », à la manière du bohème décrit par Baudelaire.
L’album s’inscrit dans une trajectoire marquée par des choix contraires aux exigences du marché. Signé à ses débuts chez Sony Music, le groupe a ensuite quitté la major et publié son premier album, « West of Eden », en 2020, puis « The Worm », en 2023, chez le label indépendant Lucky Number. Avant « Fangs », HMLTD avait mis de côté un album entier, intitulé « Where Is The Tunnel, This Must Be The Light », enregistré en un an avec une partie des 40 000 livres de son avance pour le troisième disque. « Nous l’avons enregistré comme un groupe traditionnel en studio, et nous nous sommes sentis très déconnectés de ce résultat », affirme le chanteur, qui juge que cette version ne correspondait pas à l’esprit d’expérimentation du groupe.
Le single « I Used To Ride In Limousines » sert de manifeste. Là où la comédie musicale projette souvent le succès futur du personnage, le titre évoque au contraire la mort de l’ego après la réussite, puis sa perte. Spychalski défend l’idée d’un succès défini par soi-même, indépendant de toute voix extérieure. « Dès que vous essayez de manipuler votre travail pour plaire à un public externe, sous quelque forme que ce soit, vous vous en éloignez peu à peu », soutient-il, précisant que la question ne se limite pas à une grande maison de disques : « Que ce soit pour être signé par un label majeur ou pour obtenir un certain nombre d’abonnés sur Instagram, je ne pense pas que cela change grand-chose. »
Pour se protéger des influences extérieures pendant l’élaboration de « Fangs », le chanteur a troqué son smartphone contre un téléphone basique. Le groupe, complété par les guitaristes Duc Peterman et Theo Spark et le batteur Andrei Martynchyk, s’est retiré pendant un mois dans une vieille demeure gothique entourée de vignobles, dans la campagne française. Spychalski, qui avait perdu la voix au début de cette période, a nourri l’écriture de lectures consacrées à la démonologie révolutionnaire et à Julius Evola. Il se dit aussi convaincu que la musique guitare, selon lui, « suppose bien trop peu de chose de son public ». Pour HMLTD, il est possible d’être à la fois sérieux et divertissant, du Wagner au ketamine, de la haute culture à la culture populaire, le seul écueil étant selon lui la culture « de milieu de gamme », qu’il considère comme le mode culturel dominant de notre époque.
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