Yeon Sang-ho revient avec « Colony », un nouveau film de zombies qui interroge la société
Le réalisateur sud-coréen Yeon Sang-ho, connu pour « Train to Busan », présente « Colony », un nouveau film de zombies se déroulant dans une tour de bureaux. Il y explore l'érosion de l'individualité à l'ère du numérique et la confrontation entre individualisme et collectivisme.
Yeon Sang-ho, le réalisateur sud-coréen qui a révolutionné le cinéma de zombies avec « Train to Busan », signe son retour au genre avec « Colony ». Ce nouveau long-métrage, présenté au Festival de Cannes 2026, s'éloigne de l'univers du train pour investir une tour de bureaux, où des survivants tentent d'échapper à une horde de créatures infectées par un virus libéré lors d'une conférence scientifique.
Le film, décrit comme un croisement entre « La Tour infernale » et « Piège de cristal », met en scène un scientifique terroriste qui s'est lui-même inoculé le pathogène et communique par télépathie avec les morts-vivants. Pour Yeon Sang-ho, ce nouveau projet est avant tout une réflexion sur la société contemporaine, marquée par la confrontation entre l'individualité et le collectivisme. « Nous voulions approfondir ce thème du collectivisme », explique-t-il. « Nous avons réalisé que l'échange d'informations à grande vitesse conduit à l'érosion de l'individualité chez les êtres humains. »
Le choix d'une tour commerciale comme décor n'est pas anodin. Le réalisateur y voit une « boîte en verre » de laboratoire, un espace clos où l'analyse des comportements humains devient possible. « Vous ne vous intéressez pas à ce qui se trouve à l'extérieur. Vous analysez uniquement ce qui est dans le récipient en verre », précise-t-il. Cette approche quasi expérimentale confère au film une certaine froideur, caractéristique de l'œuvre du cinéaste.
Yeon Sang-ho, qui a d'abord fait ses armes dans l'animation avec des œuvres sombres comme « Seoul Station » ou « The King of Pigs », réfute l'étiquette de pessimiste qu'on lui accole souvent. Il cite l'écrivain japonais Keiichiro Hirano : « Tous les êtres humains ont en eux un côté démoniaque. Pour parler ou voir l'aspect humaniste de soi-même, nous devons aussi traverser le côté démoniaque que nous avons tous en nous. » Cette influence littéraire, qui puise aussi chez Kafka et Ésope, se retrouve dans ses personnages confrontés à des choix difficiles aux conséquences dangereuses.
Le réalisateur estime que les films de zombies restent pertinents parce qu'ils « représentent toujours la peur que nous ressentons à un moment précis ». Dans un monde post-pandémique, cette forme d'horreur touche à quelque chose de primitif et de contemporain à la fois. Il attribue également la spécificité du cinéma de zombies sud-coréen à la nécessité de toucher un large public : « C'est pourquoi les messages dans les films de zombies coréens sont très clairs. Les thèmes uniques et le fait que nous mélangeons les genres sont ce qui distingue les films de zombies coréens des autres. »
« Train to Busan », qui avait ému le public en 2016 avec l'histoire d'un père workaholic protégeant sa fille, reste pour lui un exemple de ce mélange des genres : « C'est un film de zombies, mais en même temps un film catastrophe, un film d'action et un drame familial. » Avec « Colony », Yeon Sang-ho poursuit cette exploration des failles humaines à travers le prisme de l'horreur, confirmant sa place parmi les grands noms du cinéma sud-coréen contemporain.



