La guerre en Ukraine connaît un nouveau rebondissement diplomatique et judiciaire ce mercredi 29 juillet, au 1 616e jour du conflit. En France, la chroniqueuse prorusse Xenia Fedorova, figure médiatique intervenant régulièrement sur CNews, Europe 1 et dans l'hebdomadaire JDNews, s'est vue notifier un arrêté ministériel d'expulsion. Le ministère de l'Intérieur lui reproche d'être « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » visant à « déstabiliser l'ordre public » en France. Ancienne directrice de la chaîne russe RT en France, interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022, Fedorova défend régulièrement les positions du Kremlin dans les médias appartenant à Vincent Bolloré. Le Quai d'Orsay a notamment accusé cette intervenante de reprendre « mot pour mot les narratifs de propagande russe ».
Assignée à résidence, Xenia Fedorova doit désormais pointer chaque jour au commissariat, ce qui l'empêche de poursuivre normalement son travail journalistique. Ses employeurs, Canal+ et Lagardère, ont dénoncé dans un communiqué « une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression ». Son avocat, Me Emmanuel Piwnica, a affirmé qu'elle était journaliste et qu'elle allait « immédiatement former un recours » contre cet arrêté d'expulsion, selon une déclaration à l'AFP. Cette affaire illustre les tensions croissantes entre la France et les relais médiatiques pro-Kremlin, alors que la guerre en Ukraine se poursuit.
De l'autre côté de l'Atlantique, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en visite à Washington mardi, a livré une analyse stratégique dans une interview à Fox News. Il a estimé que « l'initiative n'était plus entre les mains de Poutine » dans ce conflit, ajoutant que le président russe refusait d'arrêter la guerre, où il perdrait « 30 000 soldats par mois ». « Nous demandons d'arrêter cette guerre chaque jour, au minimum pour négocier un cessez-le-feu pour une certaine période, et donner la possibilité aux diplomates de négocier. Mais Poutine ne le veut pas. […] C'est pourquoi nous devons répondre, être durs, être forts. Pas seulement nous. Nous comptons sur les sanctions », a insisté le chef d'État ukrainien.
Le Sénat américain a répondu partiellement à cet appel en faisant progresser mardi un nouveau paquet de sanctions importantes contre la Russie. Un vote de procédure a recueilli un large soutien bipartisan, républicains et démocrates confondus. Le texte doit encore faire l'objet d'un vote final devant les sénateurs avant d'être transmis à la Chambre des représentants pour adoption. Ce vote est intervenu de manière symbolique le premier jour des funérailles du sénateur républicain Lindsey Graham, décédé le 11 juillet, qui était à l'origine de cette proposition de loi. Le projet prévoit de cibler le secteur des hydrocarbures russes en imposant des droits de douane de 500 % sur les importations en provenance de Russie, y compris le gaz et le pétrole. Il instaure également des droits de douane de 100 % sur les principaux pays importateurs de gaz et de pétrole russes, notamment la Chine et l'Inde. En cas d'adoption, de nouvelles sanctions viseraient directement le président Vladimir Poutine ainsi que d'autres hauts responsables russes. Pour la première fois, les États-Unis cibleraient aussi la « flotte fantôme » de la Russie, ces navires utilisés par Moscou pour contourner les embargos occidentaux depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.
Sur le plan militaire, l'armée de l'air ukrainienne a annoncé que la Russie avait lancé 80 drones dans la nuit de mardi à mercredi. Les défenses anti-aériennes ukrainiennes auraient neutralisé 65 de ces engins, selon un rapport cité par Le Monde. Malgré cette interception massive, des impacts ont été signalés sur dix sites. Par ailleurs, des bombardements russes continuent de faire des victimes dans plusieurs localités ukrainiennes, selon des parquets régionaux. Ces frappes quotidiennes soulignent la persistance du conflit, malgré les efforts diplomatiques et les sanctions internationales. Le nouveau train de sanctions américain, s'il aboutit, pourrait accentuer la pression sur l'économie russe, mais son efficacité dépendra de son adoption rapide et de sa mise en œuvre coordonnée avec les alliés européens.
L'affaire Fedorova, quant à elle, rappelle que la guerre hybride menée par la Russie ne se limite pas au champ de bataille ukrainien. En France, les autorités entendent lutter contre les ingérences informationnelles, tandis que les médias concernés défendent la liberté d'expression. Ce double front — militaire et informationnel — reste au cœur des enjeux de ce conflit qui dure depuis plus de quatre ans.



