La chroniqueuse prorusse Xenia Fedorova, ancienne directrice de la chaîne d'État russe RT France et intervenante régulière sur CNews et Europe 1, s'est vu remettre un arrêté ministériel d'expulsion mercredi 29 juillet 2026, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Cette décision, confirmée par plusieurs sources, intervient dans un climat de préoccupation croissante face aux ingérences étrangères et à la diffusion de discours pro-Kremlin dans l'espace médiatique français.
Selon l'arrêté rapporté par le quotidien Libération, « son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État » et sa présence sur le territoire français « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l'ordre public ». Le document précise qu'en déployant ses narratifs, la chroniqueuse « s'inscrit comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes », avec pour objectif de déstabiliser l'ordre public. Xenia Fedorova, âgée de 45 ans, a annoncé son intention de former un recours « immédiatement » contre cette mesure.
Xenia Fedorova est une figure bien connue du paysage audiovisuel français depuis la fermeture de RT France en 2023, consécutive aux sanctions européennes adoptées après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022. Ancienne patronne de cette chaîne de propagande, elle est devenue chroniqueuse régulière dans les médias du groupe Bolloré — CNews, Europe 1 et le JDNews — où elle défend systématiquement les positions du Kremlin. Cette proximité lui a valu d'être qualifiée de « voix du Kremlin » par de nombreuses personnalités politiques et médiatiques.
Les employeurs de Xenia Fedorova, Canal+ et Lagardère (propriétaire d'Europe 1), ont dénoncé « une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression » dans une déclaration commune. Le groupe Lagardère a estimé que cette décision porte atteinte au débat d'idées et à la liberté d'opinion. Les autorités françaises, de leur côté, justifient l'expulsion par la nécessité de protéger les intérêts fondamentaux de l'État face à des ingérences étrangères avérées.
Cette mesure d'éloignement n'est pas une première pour Xenia Fedorova en Europe: elle est déjà interdite de territoire en Allemagne. En France, une vive polémique avait éclaté fin mai 2026 après la révélation par Le Monde que son titre de séjour avait été prolongé pour dix ans en 2024, suscitant des interrogations sur d'éventuelles pressions. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Laurent Nuñez, avait alors assuré qu'il s'agissait d'un renouvellement de plein droit, sans intervention gouvernementale, précisant que « des titres sont renouvelés de plein droit pour des étrangers en situation régulière ».
L'affaire relance le débat sur l'influence des médias russes en France et sur les moyens juridiques de contrer la propagande étrangère. Xenia Fedorova dispose désormais d'un délai pour contester l'arrêté d'expulsion devant les tribunaux administratifs, tandis que son avenir dans les médias du groupe Bolloré reste incertain. Cette décision intervient alors que plusieurs pays européens renforcent leurs dispositifs de lutte contre les ingérences informationnelles en provenance de Russie.



