Le petit radar qui complique la promesse Patriot de Trump
Une promesse faite à Ankara se transforme en débat sur les secrets industriels, la sécurité des usines et le temps nécessaire pour produire des intercepteurs en Europe.
La scène était simple : Donald Trump face à Volodymyr Zelenskyy au sommet de l’OTAN à Ankara, promettant à l’Ukraine le droit de fabriquer des Patriot. La suite l’est beaucoup moins. The Telegraph rapporte qu’un petit radar placé dans le PAC-3 est devenu le centre d’une discussion interne à Washington sur ce que les États-Unis sont réellement prêts à partager.
Il s’agit du PAC-3 Ka-Band Active Radar Seeker de Boeing. Dans les derniers instants avant l’interception, le capteur repère et suit la cible et alimente le système de guidage. Le PAC-3 doit percuter directement la menace, ce qui exige une précision extrême. La technologie du seeker est donc à la fois discrète physiquement et majeure militairement.
Trump a fait sa promesse le 8 juillet, mais n’a pas défini le contenu exact de la licence. L’Associated Press a expliqué que l’Ukraine pourrait recevoir le droit d’assembler des missiles à partir de kits américains ou de fabriquer certaines pièces sans obtenir tous les secrets du système. Une usine peut ainsi être «locale» tout en dépendant toujours de composants critiques importés.
Selon The Telegraph, l’administration américaine s’inquiète du risque que des données techniques atteignent la Russie. Une production complète suppose la circulation de plans, de logiciels et de procédures entre de nombreuses personnes. Chaque sous-traitant devient alors un point à sécuriser. Dans un pays en guerre, la menace inclut aussi bien l’espionnage que les cyberattaques et les frappes contre les installations.
D’où une seconde question très concrète : où construire ? Une usine en Ukraine serait proche de l’utilisateur final, mais elle pourrait être ciblée presque immédiatement. The Telegraph écrit que l’Allemagne ou un autre pays européen est envisagé pour la fabrication ou l’assemblage. Le site serait plus sûr, mais le projet deviendrait encore plus multinational.
L’Europe n’est pas étrangère au Patriot. En Allemagne, COMLOG développe une nouvelle production de missiles GEM-T dans le cadre d’un contrat pouvant aller jusqu’à 1 000 unités. Mais GEM-T appartient à une autre branche de la famille Patriot, issue du PAC-2. Cela ne signifie pas que l’Allemagne dispose déjà de toutes les technologies du seeker PAC-3. En revanche, plusieurs pays européens étudient désormais un centre dédié à la maintenance du PAC-3.
Boeing accélère aussi fortement aux États-Unis. L’entreprise a annoncé en avril un plan de sept ans pour tripler la production du seeker et plus de 200 millions de dollars d’investissements à Huntsville. Lockheed Martin veut de son côté porter la production potentielle du PAC-3 MSE à environ 2 000 missiles par an. Le problème n’est donc pas seulement de fabriquer davantage, mais de décider où placer les compétences.
Le calendrier impose de garder les attentes réalistes. Une première ligne pilote ukrainienne pourrait prendre au moins 18 à 24 mois selon une estimation citée par AP. La promesse d’Ankara ne se traduira pas par des missiles locaux cet automne. Elle pourrait toutefois remodeler la défense aérienne ukrainienne pour longtemps, à condition que Washington trouve une frontière acceptable entre partage industriel et protection de ses secrets les plus sensibles.



