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mardi 11 août 2026

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Elles ont quitté la prison pour l’armée et dénoncent des violences de leurs chefs
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Elles ont quitté la prison pour l’armée et dénoncent des violences de leurs chefs

Des détenues russes recrutées comme auxiliaires médicales racontent le prix caché de leur contrat. Lyudmila Poltarakova affirme avoir été violée par un commandant puis menacée d’un envoi en première ligne.

Le contrat promettait une sortie de prison, un salaire important et une nouvelle chance. Pour plusieurs femmes recrutées par l’armée russe, l’arrivée dans les unités militaires aurait aussi signifié une nouvelle dépendance, cette fois à des commandants capables de faire planer la menace d’un envoi plus près du front.

L’enquête publiée par Verstka décrit des contrats d’un an, avec un salaire à partir de 220 000 roubles par mois, des indemnités en cas de blessure et la possibilité de ne pas purger le reste de la peine. Plusieurs centaines de femmes auraient été formées puis envoyées à la guerre contre l’Ukraine comme auxiliaires médicales.

Une femme interrogée raconte qu’un commandant proposait un marché: rester travailler à l’hôpital plutôt que partir plus près du front, à condition de venir le voir la nuit. Certaines femmes ont accepté. Elles auraient ensuite découvert, selon cette témoin, que l’homme n’avait en réalité pas le pouvoir de décider de leur affectation.

Le récit de Lyudmila Poltarakova est le plus personnel. Elle affirme que le commandant de régiment Sergey Zhitkov lui demandait d’abord de venir faire des massages. Son comportement serait ensuite devenu agressif. Poltarakova l’accuse de l’avoir violée en février 2025 et dit que les violences sexuelles se sont poursuivies au cours du mois de mars. Il s’agit de son accusation; aucune décision de justice publique n’a établi la culpabilité de Zhitkov.

La militaire raconte qu’on lui a ensuite demandé d’avoir des rapports sexuels avec un autre responsable militaire de haut rang. Après avoir fait un scandale, elle a été transférée dans un autre bataillon médical. Avant ce départ, affirme-t-elle, elle a dû signer une déclaration disant que Zhitkov ne lui avait fait subir aucune violence. Elle dit avoir accepté parce qu’elle craignait ce que ses supérieurs pourraient lui faire ensuite.

En juin 2026, selon Verstka, Poltarakova a porté plainte pour viol auprès d’un procureur militaire. Elle a ensuite déclaré qu’on cherchait à l’envoyer d’urgence en première ligne et qu’elle avait peur qu’on veuille s’y débarrasser d’elle.

Une autre publication du 30 juin permet de suivre la femme au-delà du récit de l’enquête. Poltarakova y est présentée comme militaire sous contrat du 370e bataillon médical séparé. Elle y parle de plus de 80 femmes détenues ayant signé un contrat avec le ministère russe de la Défense et raconte leur travail dans des groupes d’évacuation sur le front. Le 1er juillet, elle aurait déclaré avoir reçu l’ordre urgent de partir en première ligne et craindre pour sa vie.

Verstka a ensuite rapporté que Poltarakova était toujours en vie et se trouvait sur le front. Le média affirme qu’une affaire pénale a été ouverte contre elle après son refus d’exécuter un ordre de mission de combat. En revanche, aucune affaire n’aurait été ouverte après sa plainte pour viol. Les sources publiques consultées ne fournissent pas de documents du parquet ou d’un tribunal confirmant indépendamment cette situation procédurale.

Cette histoire ne commence pas réellement en 2024. Dès mars 2023, Current Time rapportait que des femmes détenues étaient recrutées pour la guerre, notamment par des représentants du ministère russe de la Défense. RFE/RL a ensuite raconté le parcours d’une femme engagée depuis une colonie à l’été 2023 et devenue infirmière dans la région de Donetsk. Elle disait devoir repousser les avances de soldats et constatait que les conditions réelles ne correspondaient pas toujours aux promesses.

Le point commun est clair: ces femmes ont fait un choix sous contrainte de départ, avec la prison comme alternative. Une fois dans l’armée, elles dépendaient encore d’une autorité pour leur sécurité et leur avenir. La prochaine étape de l’histoire de Poltarakova dépendra de la réponse de la justice militaire et de sa capacité à traiter une plainte contre des supérieurs sans transformer l’affectation au front en menace supplémentaire.

Julie Fontaine

Auteur

Journaliste société

Julie Fontaine couvre pour Reel Pink l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.