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lundi 10 août 2026

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En Russie, les archives des réseaux sociaux deviennent un filtre électoral
Photo : service de presse de Yabloko

Technologie

En Russie, les archives des réseaux sociaux deviennent un filtre électoral

Photos de Navalny, anciens reposts et liens vidéo sont réexaminés par les autorités et peuvent entraîner une interdiction de candidature d’un an.

Les réseaux sociaux ont une mémoire presque infinie. La campagne électorale russe de 2026 montre ce qui se passe lorsque l’État décide d’exploiter cette mémoire politiquement. Des publications anciennes, des photos d’Alexeï Navalny et même des liens vers des contenus hébergés ailleurs sont utilisés dans des procédures administratives qui peuvent retirer à une personne le droit de se présenter à une élection pendant un an. Au moins 21 responsables politiques étaient concernés par ce type de dossiers au 20 juillet, selon un décompte de Novaya Gazeta Europe repris par Meduza. Quatorze étaient membres de Iabloko, quatre du Parti communiste, un de Russie juste et deux indépendants. The Telegraph a affirmé le 8 août que le nombre avait atteint au moins 23; cette mise à jour n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante à partir des sources primaires disponibles. La plupart des affaires documentées concernent des photos de Navalny, des images liées à ses projets ou des vidéos de ses funérailles. Dix-huit des 21 procédures ont conduit à des amendes de seulement 1 000 à 2 000 roubles. Pourtant, ces petites sommes masquent l’essentiel: la condamnation administrative entraîne une interdiction de candidature pendant un an. Nikolai Rybakov, président de Iabloko, a été sanctionné pour un message de condoléances après la mort de Navalny. L’amende était de 1 500 roubles. Après plusieurs recours, la Cour suprême de Russie a confirmé la décision le 28 juillet. Un message publié dans un moment de deuil est ainsi devenu un élément qui empêche le chef d’un parti de figurer personnellement sur le bulletin. Alexander Shishlov a subi la même sanction pour avoir republié sur Telegram un entretien datant de 2023. Son appel a été rejeté par la justice de Saint-Pétersbourg le 15 juillet. Le temps qui sépare la publication de la sanction est essentiel: il montre qu’un contenu numérique peut rester politiquement dormant puis être réactivé lorsqu’une candidature devient pertinente. Boris Nadejdine illustre un autre aspect. Il a été condamné à une amende de 1 000 roubles pour un lien vers une vidéo contenant une photo de Navalny. L’image n’était donc pas nécessairement publiée directement sur son propre canal. Avant cela, les autorités l’avaient inscrit au registre des «agents de l’étranger», ce qui constituait déjà un obstacle électoral. Dans l’univers numérique ordinaire, un lien sert à renvoyer vers un contenu tiers. Dans le système politique russe actuel, il peut devenir une chaîne de responsabilité. Ce changement est important pour tous les utilisateurs: il élargit la zone de risque de ce que l’on crée soi-même à ce que l’on partage, cite ou signale. La pression ne s’arrête pas aux plateformes. Maksim Kruglov, vice-président de Iabloko, a été condamné à sept ans de colonie pénitentiaire pour des publications sur les morts civiles en Ukraine. Amnesty International considère la peine comme une répression de la parole anti-guerre et comme un élément d’une campagne plus vaste contre le parti. The Times a indiqué que huit membres de Iabloko étaient en prison. The Telegraph mentionne également un épisode où un tee-shirt aux couleurs de l’arc-en-ciel aurait joué un rôle dans une affaire électorale. Nous n’avons pas trouvé de confirmation primaire indépendante de ce cas précis et le présentons donc uniquement comme une information attribuée au journal. Les dossiers liés aux images de Navalny, en revanche, sont largement documentés. Iabloko reste par ailleurs enregistré pour les élections fédérales. Le 29 juillet, la Commission électorale centrale a approuvé sa liste de 269 candidats. Il est donc inexact de dire que la Cour suprême examine actuellement une demande visant à exclure tout le parti des élections à la Douma. Le dossier confirmé devant la Cour suprême concernait Rybakov à titre individuel. Cette distinction est aussi un rappel utile pour l’information en ligne: des histoires différentes se mélangent facilement lorsqu’elles circulent rapidement sur les réseaux. Un refus d’enregistrement régional, une procédure individuelle devant la Cour suprême et une liste fédérale enregistrée ne sont pas la même chose. La campagne russe transforme ainsi le réseau social en une sorte de dossier permanent. L’opposition avait utilisé Internet pour contourner la télévision contrôlée par l’État. Désormais, les autorités peuvent retourner cette même infrastructure contre ses utilisateurs, non pas en effaçant les archives, mais en leur donnant un nouveau sens juridique. Le risque ne vient plus seulement de ce que l’on dit aujourd’hui, mais de ce qu’une institution décidera demain que l’on a voulu dire hier.