Après l’entrée illégale de plusieurs milliers de migrants dans l’enclave de Ceuta, le gouvernement espagnol assure que l’intégrité de l’espace Schengen reste « absolument garantie ». Cette déclaration vise à répondre aux inquiétudes soulevées par la crise et à ceux qui réclament une sortie de l’Espagne du dispositif européen de libre circulation, une hypothèse jugée juridiquement impossible et peu utile sur le plan pratique.

Selon une source policière, des milliers de personnes ont traversé clandestinement la frontière depuis le Maroc dans la nuit précédant le 31 juillet pour rejoindre Ceuta, l’une des deux enclaves espagnoles situées en Afrique du Nord. Des rassemblements et des heurts ont été signalés près de Fnideq, ville marocaine frontalière, où se trouve le point de passage avec l’enclave. Face à cette nouvelle crise migratoire, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, devait se rendre sur place afin de coordonner la réponse des autorités locales et nationales.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères a cherché à dissiper les craintes sur les conséquences de cet afflux pour l’espace Schengen. « Il n’est pas possible de se déplacer depuis Ceuta et Melilla jusque dans la péninsule [espagnole] sans s’identifier à un poste de contrôle de la police », a-t-il martelé. Autrement dit, les personnes arrivées à Ceuta ne peuvent pas poursuivre leur route vers le reste de l’Espagne sans passer par un contrôle d’identité, contrairement à ce qui se pratique dans la plupart des frontières intérieures européennes.

L’affaire a rapidement pris une dimension européenne. L’Italie a affirmé avoir « temporairement » fermé l’espace Schengen à l’Espagne après l’afflux de migrants à Ceuta. Juridiquement, il n’existe toutefois aucune procédure permettant d’exclure un État membre de l’espace de libre circulation. En revanche, les règles européennes autorisent un pays à rétablir des contrôles exceptionnels et temporaires à ses propres frontières, conformément aux dispositions prévues par les traités.

La sortie de l’Espagne de l’espace Schengen, évoquée par certains responsables politiques, n’apparaît donc pas réaliste. Une telle décision ne relève d’aucun mécanisme prévu par les accords européens et nécessiterait une refonte complète du système actuel. Surtout, elle n’aurait qu’un effet limité sur les flux migratoires: les migrants arrivés à Ceuta sont déjà tenus de s’identifier avant de pouvoir rejoindre la péninsule ibérique, comme l’a rappelé le chef de la diplomatie espagnole. Les contrôles d’identité maintenus aux postes de police de Ceuta et de Melilla restent l’un des principaux arguments de Madrid pour répondre à ceux qui doutent de la solidité du système Schengen.

Cette crise illustre la pression migratoire persistante aux frontières extérieures de l’Union européenne. Ceuta et Melilla constituent depuis longtemps l’un des points de passage les plus sensibles entre l’Afrique et l’Europe, comme en témoignent les épisodes migratoires récurrents à leur frontière. La venue de Pedro Sánchez à Ceuta devait permettre de montrer la détermination du gouvernement espagnol, alors que les autorités travaillent à l’identification et à la prise en charge des personnes entrées sur le territoire. Elle intervient au moment où la question des frontières et des migrations occupe une place centrale dans l’agenda européen.