Le dossier du détroit d’Ormuz reste marqué par une profonde divergence de lecture entre Washington et Téhéran. L’Iran affirme que les discussions sur cette voie maritime stratégique se déroulent exclusivement avec le sultanat d’Oman, et non avec les États-Unis. Cette mise au point intervient au lendemain de l’annonce par Donald Trump d’un nouvel appel aux négociations, après avoir menacé la République islamique d’une offensive d’envergure.

Le président américain avait prévenu que l’Iran devait autoriser la reprise d’une navigation libre dans le détroit d’Ormuz, faute de quoi Washington lancerait une opération militaire de grande ampleur. Il a toutefois infléchi sa position dimanche 2 août en indiquant qu’il laissait sa chance aux négociations, des discussions devant reprendre avec Téhéran dès le lundi. D’après les autorités iraniennes, toutefois, ces échanges ne concernent pas un dialogue direct avec les États-Unis. Téhéran évoque une négociation sur le détroit, mais uniquement avec le sultanat d’Oman, présenté comme son interlocuteur.

Cette divergence complique la lecture de la stratégie américaine. Lundi, Donald Trump a réaffirmé que les États-Unis maintiendraient le blocus naval contre l’Iran tant qu’aucun règlement ne serait trouvé. Il a ainsi posé un nouvel ultimatum à Téhéran, résumé par l’alternative « accord ou capitulation totale ». Les responsables iraniens, de leur côté, assurent qu’aucune négociation n’est en cours avec les Américains et que le seul canal évoqué passe par le sultanat.

Le détroit d’Ormuz est l’un des points les plus sensibles du commerce énergétique mondial. Cette voie maritime très stratégique voit transiter une part importante du pétrole brut et concentre les tensions depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Le bras de fer entre Washington et Téhéran sur la liberté de navigation a déjà provoqué des variations brutales des cours du brut. L’annonce d’une possible reprise des discussions a ainsi été saluée par les marchés, qui ont vu les prix du pétrole reculer de plus de 5 %.

Cette baisse ne traduit pas seulement un nouvel espoir diplomatique. Bjarne Schieldrop, analyste en chef des matières premières chez SEB, souligne que le pétrole brut continue de circuler via le détroit d’Ormuz, ce qui relativise l’impact des annonces politiques. Les investisseurs semblent néanmoins retenir le scénario d’une détente, alors que les cycles de frappes militaires et d’ouvertures diplomatiques se succèdent entre les États-Unis et l’Iran. Sur les marchés d’actions, ce répit a également été salué, la Bourse de Paris ayant inscrit lundi un nouveau plus haut en séance et les autres grandes places européennes progressant aussi.

Dans ce contexte, Oman apparaît comme un interlocuteur central. Le sultanat est présenté par Téhéran comme le canal privilégié des discussions régionales. Cette insistance sur le caractère exclusivement omanais des négociations écarte l’idée d’un dialogue direct avec Washington, alors que la Maison Blanche continue de réclamer le rétablissement de la libre navigation dans le détroit.

Pour l’heure, la position iranienne et l’ultimatum américain restent difficiles à concilier. Le sort du détroit d’Ormuz, et avec lui une partie de l’équilibre énergétique mondial, dépend de discussions dont Washington et Téhéran ne décrivent pas le même cadre.