Reel Pink

lundi 10 août 2026

Rechercher
Ormuz reste entrouvert, mais la vraie sortie de crise s’éloigne
Indra Beaufort / U.S. Navy / DVIDS

Monde

Ormuz reste entrouvert, mais la vraie sortie de crise s’éloigne

Des navires et du pétrole circulent déjà sous des arrangements particuliers, tandis que l’Iran et Oman travaillent sur de nouvelles routes. Mais Téhéran demande beaucoup plus avant de parler de réouverture complète.

Le détroit d’Ormuz n’est ni complètement fermé ni vraiment revenu à la normale. C’est précisément ce qui rend la situation actuelle difficile à lire. Des volumes importants de pétrole circulent, des négociations techniques avancent avec Oman, mais l’Iran refuse de considérer ces progrès comme une réouverture complète tant que ses exigences politiques ne sont pas satisfaites.

Le Wall Street Journal rapporte que Donald Trump espérait faire de la réouverture totale du détroit une sorte de ligne d’arrivée. Selon des responsables américains cités par le journal, le président avait même envisagé en privé de quitter la guerre sans accord nucléaire si le passage maritime redevenait pleinement accessible.

Cette formule avait l’avantage de la simplicité. Le public n’a pas besoin d’être spécialiste du nucléaire pour comprendre qu’un grand corridor pétrolier est de nouveau ouvert. Une amélioration durable pourrait calmer les marchés et offrir à la Maison-Blanche un résultat facile à présenter.

Mais samedi, Téhéran a ajouté une longue liste de conditions. Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien demande la fin des menaces américaines, un arrêt durable de la guerre contre l’Iran et ses alliés, la levée du blocus naval et le retrait des forces américaines des environs du pays.

L’Iran veut aussi une compensation complète pour les dommages de guerre, la levée des sanctions et la libération de ses avoirs gelés. Autrement dit, il ne veut pas échanger la réouverture contre une seule concession. Il veut utiliser Ormuz pour renégocier plusieurs dimensions du conflit.

Pourtant, les pétroliers ne sont pas tous immobiles. Axios cite un responsable américain selon lequel environ huit millions de barils de pétrole quittent chaque jour le Golfe par la voie sud du détroit, avec une coordination des forces américaines. Le marché reçoit donc une partie importante de l’offre.

L’Iran et Oman sont également proches d’un accord sur de nouvelles routes maritimes, selon l’Associated Press. Mais Téhéran insiste: ces routes constituent un arrangement pratique, pas une réouverture politique complète. Cette différence permet à l’Iran de faciliter une partie du trafic sans abandonner son principal levier de négociation.

Le monde regarde cette nuance parce que les volumes sont énormes. L’Energy Information Administration américaine estime qu’au premier trimestre 2026, environ 14,6 millions de barils de brut et de produits pétroliers traversaient Ormuz chaque jour. Au quatrième trimestre 2025, le chiffre était d’environ 20,7 millions.

Les perturbations précédentes ont fortement secoué les prix du pétrole. C’est pourquoi les images de navires traversant le détroit ne suffisent pas à rassurer totalement les marchés. Les entreprises cherchent surtout à savoir si les règles seront encore les mêmes dans une semaine, un mois ou un trimestre.

Les États-Unis conservent leur propre moyen de pression. Le blocus naval a été rétabli en juillet et Trump a ensuite déclaré qu’il restait en vigueur. L’Iran demande maintenant sa levée. Les deux parties tiennent donc chacune un instrument dont l’autre veut la disparition.

Dimanche, Trump a toutefois donné un signe de désescalade rhétorique. Il a déclaré à Axios que les États-Unis réduisaient l’intensité de leur action et ne négociaient que partiellement. Il a surtout insisté sur les difficultés économiques de l’Iran, laissant entendre que Washington préfère attendre plutôt que lancer immédiatement une nouvelle offensive majeure.

Téhéran croit peut-être pouvoir attendre lui aussi. Gregory Brew, expert chez Eurasia Group cité par le Wall Street Journal, estime que les Iraniens pensent que Trump veut sortir de la guerre et se concentre sur la réouverture du détroit. Si c’est leur lecture, ils ont intérêt à ne pas accepter trop vite un compromis.

Pour le public, l’élément le plus utile à suivre sera donc moins la prochaine déclaration spectaculaire que le fonctionnement réel du passage. Combien de navires circulent? Sous quelles règles? Les attaques diminuent-elles? Les assureurs réduisent-ils leurs primes? Le blocus change-t-il?

Ces questions montrent si une crise se calme vraiment. Pour l’instant, la réponse est mixte. La situation est moins proche d’une fermeture totale, mais elle reste loin d’un retour au fonctionnement ordinaire. Les routes provisoires peuvent réduire les tensions sans régler la guerre.

C’est aussi ce qui rend le scénario de Trump plus difficile. Il espérait qu’Ormuz lui fournisse une image claire de sortie. L’Iran lui propose désormais une réalité beaucoup plus floue: le trafic peut augmenter, mais la réouverture complète reste enfermée dans un débat sur les sanctions, les forces américaines, les compensations et la fin du conflit régional.