Une vingtaine de personnes ont péri en tentant de rejoindre à la nage l’enclave espagnole de Ceuta, submergée depuis plusieurs jours par un afflux massif de migrants en provenance du Maroc. Face à la plus importante crise migratoire à cette frontière depuis 2021, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, se rend vendredi sur place, tandis que Madrid annonce le déploiement de l’armée.
Selon une source policière, environ 40 000 personnes ont traversé la frontière ces derniers jours et sont entrées dans ce territoire de souveraineté espagnole situé sur la côte nord de l’Afrique. Les arrivées se poursuivaient vendredi matin, essentiellement des jeunes hommes et des adolescents, souvent épuisés et mouillés après avoir tenté de contourner les barrières par la mer. Dix-huit d’entre eux se sont noyés dans cette tentative de passage, un bilan qui fait état d’une vingtaine de morts au total.
Cette situation rappelle la précédente crise migratoire de mai 2021, lorsque des milliers de migrants avaient franchi la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat, en pleine brouille diplomatique entre le Maroc et l’Espagne. Cette fois encore, les autorités marocaines n’ont fait aucune déclaration officielle. Dans la soirée de jeudi, les forces de l’ordre marocaines postées à l’entrée de la route menant à Ceuta ont tenté de repousser les migrants qui se rapprochaient. De son côté, le gouvernement espagnol a assuré que des « mesures pour le transfert » vers le Maroc seraient mises en œuvre « dès que possible » pour toutes les personnes entrées illégalement dans l’enclave.
Pedro Sánchez doit arriver vendredi matin à Ceuta, accompagné du ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska. Selon un communiqué de la présidence du gouvernement, il doit rencontrer les forces de l’ordre déployées à la frontière puis les responsables régionaux. Le ministère de l’Intérieur a par ailleurs annoncé l’envoi de plusieurs dizaines de gardes civils et de policiers, ainsi que huit plongeurs, un bateau et des drones. Des soldats seront aussi déployés pour garantir la sécurité de l’enclave.
Les images de centaines de migrants, en grande majorité des jeunes hommes et des adolescents, ont immédiatement été utilisées par les formations d’extrême droite en Europe et aux États-Unis. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a proposé de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, une déclaration aussitôt dénoncée par Madrid, qui a convoqué l’ambassadeur italien en signe de protestation. La Finlande a apporté son soutien à cette proposition. La ministre de l’Intérieur finlandaise, Mari Rantanen, membre de la droite populiste finlandaise, a écrit sur X que l’Espagne avait « complètement échoué à protéger la frontière extérieure de l’espace Schengen contre les intrusions » et que les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger cette frontière « ne peuvent pas être membres de Schengen ».
À Washington, deux hauts responsables de la Maison Blanche se sont saisis de ces images pour défendre la politique répressive de Donald Trump en matière d’immigration. La France a indiqué, de son côté, vouloir renforcer le contrôle à sa frontière avec l’Espagne. Dans le débat politique français, Bruno Retailleau, candidat Les Républicains à l’élection présidentielle, a affirmé que « l’Espagne aujourd’hui, l’Europe demain, paient le prix de la politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol ». Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, a fustigé des « entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».
Cette nouvelle poussée migratoire place Ceuta au centre d’une polémique européenne sur la protection des frontières extérieures de l’Union et relance les tensions entre Madrid et plusieurs capitales européennes.



