Plus de 48 000 migrants marocains sont déjà rentrés chez eux après s’être infiltrés ces derniers jours dans l’enclave espagnole de Ceuta. Selon les autorités espagnoles, ils font partie des quelque 60 000 personnes qui ont tenté de forcer le passage vers ce territoire européen, un afflux d’une ampleur exceptionnelle. Vendredi, le mouvement de retour s’est intensifié, tandis que des familles attendaient avec inquiétude à la frontière, côté marocain, à Fnideq.
Le retour en masse intervient après plusieurs jours de tension. Des migrants arrivés à Ceuta racontent avoir vécu des conditions éprouvantes. « Pendant trois jours, on n’a pas mangé », témoigne l’un d’eux. Ceuta forme, avec Melilla, l’une des deux frontières terrestres de l’Union européenne avec le Maroc, et l’afflux a placé ce petit territoire sous pression.
L’épisode a rapidement pris une dimension politique, y compris à l’étranger. À Washington, le président américain Donald Trump a utilisé ces images pour défendre sa politique migratoire et critiquer ses opposants de gauche. Lors d’une réunion avec des membres de son administration, il a évoqué une « invasion » et affirmé que si son camp perdait le pouvoir, les États-Unis seraient « envahis à des niveaux qui feront passer ce qui arrive en Espagne pour de la gnognotte ». Il avait auparavant déclaré sur Fox News: « Souvenez-vous de cette image. Ce sera nous dans trois ans si le mauvais camp l’emporte », alors que les républicains se préparent aux élections législatives de mi-mandat.
Ses alliés ont également repris ces images. Le vice-président J.D. Vance a écrit sur X que « ces images en provenance d’Espagne sont un rappel malheureux des conséquences des migrations de masse et des politiques mondialistes de la gauche radicale qui ont permis l’invasion de l’Occident ». Stephen Miller, conseiller à la Maison-Blanche, a estimé que les démocrates avaient « infligé cela à l’Amérique chaque jour pendant quatre ans sous Biden » et le referaient « à une échelle infiniment plus grande » s’ils revenaient au pouvoir.
Le département d’État américain a également pris position. Il a dénoncé « un incident inacceptable » présenté comme « la conséquence directe des efforts délibérés du gouvernement espagnol visant à permettre et à faciliter l’immigration clandestine massive vers l’Europe ». Cette charge rejoint le discours tenu par plusieurs formations d’extrême droite européennes.
Aux États-Unis, la séquence illustre le poids de l’immigration dans le débat public. La question reste un thème central pour Donald Trump, qui en a fait l’un de ses principaux arguments avant les élections de mi-mandat. Durant la présidence de Joe Biden, les images de migrants à la frontière avec le Mexique étaient régulièrement diffusées par Fox News. Pour ses soutiens, les images de Ceuta constituent une mise en garde sur les conséquences d’une politique migratoire jugée trop permissive.
Sur le terrain, les retours se poursuivent. Selon Madrid, le nombre de migrants présents dans l’enclave diminue. À Fnideq, des familles marocaines attendent des nouvelles de leurs proches et suivent avec inquiétude les mouvements à la frontière, dans l’espoir de les retrouver rapidement.



